À l’approche du premier anniversaire de l’explosion, la colère pourrait faire rage au Liban

Karlen Hitti Karam, ayant perdu son mari, son frère et son cousin dans la double explosion de Beyrouth, s'exprime ici au micro de l'AFP le 10 juillet 2021 à Qartaba au Mont-Liban. AFP/Joseph Eid
Karlen Hitti Karam, ayant perdu son mari, son frère et son cousin dans la double explosion de Beyrouth, s'exprime ici au micro de l'AFP le 10 juillet 2021 à Qartaba au Mont-Liban. AFP/Joseph Eid
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À l’approche du premier anniversaire de l’explosion, la colère pourrait faire rage au Liban

À l’approche du premier anniversaire de l’explosion, la colère pourrait faire rage au Liban
  • L’explosion de Beyrouth revêt une importance primordiale parce que l’élite corrompue y est impliquée
  • La communauté internationale ne peut imposer de gouvernement ou de dirigeants à l’État libanais, mais elle peut profiter de la commémoration du 4 août pour aider le peuple à se débarrasser de la classe dirigeante actuelle

Le compte à rebours pour la commémoration du premier anniversaire de l’explosion du port de Beyrouth qui a tué plus de 200 personnes le 4 août dernier a commencé.

Immédiatement après l’explosion, seules comptaient les opérations de secours. La visite du président français, Emmanuel Macron, a donné de faux espoirs aux Libanais en laissant entendre que des sanctions pourraient être imposées à l’élite corrompue du pays. La tragédie qui elle-même devait modifier les règles du jeu a rapidement perdu de sa force.

Cependant, la colère populaire monte en flèche depuis un an et les différents groupes de manifestants se préparent pour l’événement, avec l’espoir qu’ils pourront faire la différence. La question est de savoir ce que la communauté internationale devrait faire pour mettre en place de vrais changements au Liban.

Deux grands enjeux se posent avant le premier anniversaire. Premièrement, Saad Hariri n’a pas réussi à former un gouvernement en huit mois et a présenté sa démission. Contrairement à 2011 lorsque son départ a provoqué des soulèvements populaires, sa dernière démission n’a pas suscité de véritable réaction du côté de la communauté sunnite.

Cela montre que les dirigeants politiques traditionnels ont perdu leur crédibilité auprès du citoyen ordinaire. Deuxièmement, un nouveau juge, Tarek Bitar, est chargé d’enquêter sur l’explosion du port de Beyrouth. Il a demandé au Parlement la levée de l’immunité parlementaire de trois anciens ministres pour qu’il puisse les soumettre à un interrogatoire.

L’explosion de Beyrouth revêt une importance primordiale parce que l’élite corrompue y est impliquée. Le nitrate d’ammonium qui a explosé en faisant de si grands ravages était stocké depuis 2013 dans un hangar du port avec le consentement des personnes au pouvoir. Le juge qui devait mener l’enquête au départ a été victime de manœuvres d’intimidation. Un chat mort a même été posé devant sa porte pour le mettre en garde contre ce que sa famille et lui pourraient subir s’il osait révéler les noms des coupables. Pour le moment, les menaces ne semblent pas entraver l’enquête de Bitar.

Pendant ce temps, le président Michel Aoun a appelé à des consultations parlementaires pour nommer un nouveau Premier ministre le 26 juillet. Le fait que le nom de Najib Mikati figure parmi les candidats potentiels est d’une ironie sans borne. En effet, ce dernier était Premier ministre à l’époque où le nitrate d’ammonium a été stocké dans le port de Beyrouth.

La France a annoncé une nouvelle conférence d’aide internationale au Liban le 4 août et s’attend à ce qu’un gouvernement soit en place d’ici là. Mais quelle est la probabilité que cet objectif soit atteint? D’ailleurs, si un gouvernement était formé, serait-il apte à mettre en place des réformes ou serait-il, au contraire, dysfonctionnel comme celui du vaniteux Hassan Diab? D’autre part, le président ne semble nullement préoccupé par l’absence d’un gouvernement efficace; il mène la barque par l’intermédiaire du Conseil supérieur de défense.