La Palestine est en ébullition. Nous ne sommes qu'au début du mois de février, et les tirs israéliens ont déjà tué cette année 35 Palestiniens, dont neuf lors d'une seule incursion à Jénine, et notamment une femme de 61 ans. Sept Israéliens ont été tués au cours de violents incidents à Jérusalem-Est. Alors que les tensions s’exacerbent, les attaques des colons contre les Palestiniens se sont multipliées.
Au milieu de cette violence, le ministre de la Sécurité, Itamar Ben-Gvir, a mené une foule scandant «mort aux terroristes», dans des scènes rappelant l'Allemagne nazie des années 1930. Ben-Gvir fait également pression pour accélérer la politique de punition collective consistant à démolir les maisons des familles des Palestiniens impliqués dans des attaques violentes, dont un jeune de 13 ans accusé d'avoir blessé deux personnes à Jérusalem. 75 maisons ont été démolies depuis 2014. Attendez-vous à ce que ce nombre augmente rapidement.
Il existe cependant une asymétrie fondamentale dans les réactions mondiales – une indignation retentissante chaque fois que des juifs sont victimes du «terrorisme» palestinien, comparativement aux réactions léthargiques lorsque le nombre de morts palestiniens augmente. Cette norme de deux poids deux mesures a créé un climat d'impunité du côté israélien, où des administrations de plus en plus extrémistes croient pouvoir tout se permettre.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, manifeste la croyance illusoire qu'il peut «contourner» les Palestiniens pour faire la paix, comme s'il pouvait y avoir un règlement définitif sans eux. Il se vante d'avoir conclu des accords avec divers États arabes. Mais Israël n'a jamais été en guerre avec le Soudan, Bahreïn ou les Émirats arabes unis, et n'a jamais volé un pouce de leur territoire; alors comment ces accords représentent-ils des étapes importantes vers la paix? Les États-Unis soudoyant le Maroc et le Soudan dans des accords de «normalisation» incluant des concessions sur le Sahara occidental et l'annulation de la dette ne sont guère la base d'un dégel des relations valable et de grande envergure.
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhan, a récemment souligné la nécessité fondamentale d'une paix juste avec les Palestiniens comme premier pas d'Israël vers une paix réelle avec le monde arabe: «La véritable normalisation et la véritable stabilité ne viendront qu'en donnant de l'espoir aux Palestiniens – en leur donnant la dignité», a-t-il affirmé.
Les accords de paix artificiels d'Israël avec l'Égypte et la Jordanie démontrent le fait qu’une paix réelle n'est pas réalisée entre les dirigeants, mais entre les peuples eux-mêmes. Les citoyens égyptiens et jordaniens ne sont pas plus réconciliés avec Israël qu'ils ne l'étaient dans les années 1980. Sans justice pour les Palestiniens, aucun peuple épris de paix n'a le désir d’entreprises communes, d'échanges culturels ou de tourisme.
Le problème de Netanyahou n'est pas un problème «arabe», mais un problème de «civilisation». Le monde civilisé n'accepte pas passivement l'apartheid, la violence et le nettoyage ethnique. Le Congrès américain et les médias étaient autrefois des cachets apposés pour la légitimation d’Israël, mais cela n'a plus été le cas depuis un certain temps. Les longs mandats de Netanyahou en tant que Premier ministre marquent la transition décisive d’Israël vers le statut d’État paria.
De plus, la vision de Netanyahou envers les Palestiniens semble singulièrement bienveillante par rapport à celle de ses alliés du cabinet d'extrême droite aux conceptions extrémistes, qui considèrent l'intégralité de la Palestine comme leur étant accordée par Dieu et, par conséquent, comme devant être entièrement vidée de Palestiniens par tous les moyens.
L'assaut de Netanyahou contre la démocratie est surtout visible dans ses ambitions de saper le système judiciaire israélien. Pour les Palestiniens, les tribunaux israéliens n'ont jamais proposé des règles du jeu équitables, mais ils ont au moins représenté une lueur d'espoir que les violations les plus flagrantes – démolitions de maisons, expulsions, vols de terres et arrestations injustifiées – pourraient être retardées ou annulées. En donnant aux politiciens le droit d'inonder le système judiciaire de personnes de leur choix, et en permettant aux députés de la Knesset d'annuler toute décision juridique, Netanyahou et ses alliés visent à transformer le système judiciaire en une simple annexe des hauts dirigeants politiques quasi fascistes d'Israël.
En effet, ils veulent aller plus loin – exploiter ces pouvoirs judiciaires pour interdire aux partis politiques arabes de se présenter aux élections, fermer les organisations de la société civile, restreindre la définition de qui jouit des droits de citoyenneté, et donner le feu vert à des pogroms toujours plus violents contre les villes palestiniennes. Des manifestations de masse en Israël ont à juste titre dénoncé ces mesures comme une menace pour la paix mondiale. Un universitaire de Tel-Aviv a affirmé dans un article du Financial Times qu'Israël, en tant qu'«État religieux non libéral, non démocratique, représentait un danger pour le monde occidental».
Avec sa politique d'apartheid, Israël a atteint un point de non-retour
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Avec sa politique d'apartheid, Israël a atteint un point de non-retour

- La norme de deux poids deux mesures a créé un climat d'impunité du côté israélien, où des administrations de plus en plus extrémistes croient pouvoir tout se permettre
- L'assaut de Netanyahou contre la démocratie est surtout visible dans ses ambitions de saper le système judiciaire israélien