Dans le discours qu’il a tenu la semaine dernière, le président libanais, Michel Aoun, a fustigé l'élite politique, la Banque centrale et le système bancaire, leur attribuant la responsabilité de la faillite du pays. Il a appelé à un audit judiciaire au terme duquel le gouvernement pourrait obtenir des aides financières.
Le président a évoqué les Libanais qui avaient économisé pour leur pension et qui ont vu s'évaporer leurs économies, ceux qui ne parviennent plus à envoyer de l'argent à leurs enfants qui poursuivent leurs études à l'étranger, ceux qui n'ont pas les moyens de payer l'hôpital et, enfin, ceux qui ne peuvent même pas acheter de quoi se nourrir.
Un audit, s'il est mené dans les règles, porterait préjudice au gendre d'Aoun, Gebran Bassil – déjà sanctionné pour corruption par les États-Unis en vertu de la loi Magnitsky –, ainsi qu'à d'autres membres de son parti et à ses alliés. Cette procédure entraînerait la chute de l'élite politique actuelle, y compris celle du clan d'Aoun; mais elle est indispensable si l'on veut que le Liban réalise les réformes qui sont indispensables pour qu’il renaisse de ses cendres, tel un phénix.
Cependant, l'audit ne restituera pas l'argent des citoyens qui ont confié leurs économies aux banques libanaises. Si M. Aoun impute la responsabilité aux banques qui ont enfreint la législation en matière de crédit et de monnaie, c'est le gouvernement corrompu qui a sollicité la Banque centrale afin de financer ses dépenses exorbitantes et exagérées. C'est donc au gouvernement qu'il incombe de restituer l'argent que le peuple a gagné à la sueur de son front – et il convient de le contraindre à le faire.
Voilà donc que les gens échangent désormais leurs dépôts sur le marché noir à un taux de change de 30 cents pour 1 dollar (0,84 euro). Par l'intermédiaire des banques, les déposants sont soumis à une décote forcée, dans la mesure où les établissement financiers leur offrent 3 900 livres libanaises (LBP) pour 1 dollar, alors que le taux de change sur le marché oscille entre 10 000 et 15 000 LBP. Ainsi, assainir le secteur bancaire et restituer les dépôts des gens – au moins le capital initial qu'ils avaient déposé, sans même parler des intérêts accumulés – apparaît désormais indispensable. Cependant, ces dépôts ont été confiés à des banques qui, à leur tour, ont investi dans des bons du Trésor. Les fonds provenant de ces bons ont été remis au gouvernement qui, pour sa part, ne les a pas remboursés à ce jour. Par ailleurs, la restructuration de la dette du Liban est en effet primordiale pour que le pays reconquière la confiance de son peuple, ainsi que celle de la communauté internationale.
Cependant, une opportunité pourrait se présenter si le Liban parvenait à tirer son épingle du jeu au sujet des gisements de gaz en Méditerranée. La première étape pour exploiter ces ressources naturelles passe par la délimitation des frontières maritimes du pays avec Israël, étant entendu qu'aucune société ne sera disposée à investir dans un territoire contesté. Des pourparlers de ce type ont été engagés sous la présidence de Barack Obama, mais ils ont été entravés par le président du Parlement libanais, Nabih Berri, qui cherchait, en agissant ainsi, à conserver un sujet de discorde avec Israël et à envoyer un coup de semonce aux États-Unis. Les choses ont évolué au mois de septembre dernier quand Ali Hassan Khalil, membre du mouvement Amal lui aussi, a été sanctionné par les États-Unis pour corruption et soutien au Hezbollah. Désireux d'échapper aux sanctions coûte que coûte, Berri a autorisé la relance des négociations sur la démarcation des frontières avec Israël.

