Comment l'Iran courtise l'Afrique pour affronter l'Occident

Comment l'Iran courtise l'Afrique pour affronter l'Occident
Short Url

Comment l'Iran courtise l'Afrique pour affronter l'Occident

Comment l'Iran courtise l'Afrique pour affronter l'Occident
  • La présence de l'Iran en Afrique est une question idéologique, économique et sécuritaire
  • La différence aujourd'hui est que les puissances mondiales en Afrique sont confrontées à la concurrence de puissances montantes disposant de vastes ressources financières, telles que le CCG, en particulier l'Arabie saoudite

En juillet 2023, le président iranien, Ebrahim Raïssi, s'est rendu dans trois pays africains, le Kenya, l'Ouganda et le Zimbabwe, afin de poursuivre trois objectifs principaux. Premièrement, contourner les sanctions américaines à un moment où les négociations nucléaires avec Washington sont dans l'impasse. Ensuite, Raïssi souhaitait étendre l'influence idéologique iranienne sur le continent africain et obtenir un soutien politique pour les positions iraniennes au sein des organisations internationales. Enfin, ces visites visaient à démontrer que la faction conservatrice au sein de l'establishment iranien se concentre sur le renforcement des relations avec les pays non alignés. Il s'agit en effet de la première visite d'un président iranien sur le continent africain depuis celle de Mahmoud Ahmadinejad il y a onze ans. Le continent africain n'était pas une priorité pour les décideurs iraniens en matière de politique étrangère pendant le mandat 2013-2021 du président modéré Hassan Rouhani.
La présence de l'Iran en Afrique est une question idéologique, économique et sécuritaire. En effet, dans la vision de l'élite politique révolutionnaire iranienne depuis 1979, les relations avec les pays du Sud doivent être comprises non seulement dans le cadre du principe idéologique khomeyniste de l'anti-impérialisme, mais aussi dans le contexte de l'exportation du modèle politico-religieux iranien. Cette ambition nécessite de s'immiscer dans les affaires intérieures des pays africains pour mener des activités missionnaires, mais aussi pour construire des réseaux d'acteurs non étatiques, tels que des acteurs religieux, des associations culturelles, des sociétés-écrans et des réseaux de trafiquants de drogue.
Le but de cette volonté iranienne d'affirmer son pouvoir en Afrique est de cibler les «ennemis» de l'Iran, notamment ses rivaux régionaux et ses ennemis mondiaux, en particulier les États-Unis. Un nouvel aspect apparu lors de la récente visite de Raïssi en Afrique est la recherche de nouveaux marchés pour les exportations militaires iraniennes, telles que les drones et les systèmes d'armes non sophistiqués.
La position diplomatique officielle iranienne fixe des objectifs très ambitieux pour la coopération mutuelle irano-africaine. Néanmoins, des difficultés apparaissent dans la réalisation des projets de coopération économique, et des tensions apparaissent souvent en relation avec les activités idéologiques et sécuritaires de l'Iran sur le continent africain. Par exemple, le commerce bilatéral entre l'Iran et le Zimbabwe s'est élevé à moins de 5 millions de dollars (1 dollar américain = 0,91 euro) en 2021 et, lors de la récente visite, 12 protocoles d'accord ont été signés sans aucun détail concernant les futurs investissements iraniens dans le pays. Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, a accueilli Raïssi après son atterrissage à l'aéroport international Robert Mugabe de Harare et l'a appelé «mon frère». Malgré cette chaleur apparente, la rationalité économique de la visite est devenue un sujet de débat en Iran, étant donné le manque de complémentarité économique entre les deux pays.