Pourquoi après tant d'années, tant de décennies, après tant de souffrances, la communauté internationale a-t-elle de manière si significative échoué à résoudre le conflit israélo-palestinien? C'est une question compréhensible, alors que les Palestiniens commémorent un bien triste anniversaire, celui des soixante-quinze ans de la Nakba, ou la «catastrophe».
Les résultats du sondage Arab News-YouGov sur les soixante-quinze ans de la Nakba mettent en évidence le pessimisme engendré par cette situation, la désillusion de la communauté internationale et le désespoir palestinien face à la possibilité d'une solution à deux États.
Pour les Palestiniens, la Nakba est un processus continu, dont ils souffrent encore, une oppression et une dépossession de la part d'Israël.
Alors pourquoi la paix est-elle été insaisissable? L'attention internationale a rarement été faible. Le Conseil de sécurité de l'ONU a débattu de cette question plus que de toute autre, adoptant des dizaines de résolutions. C'est l'Assemblée générale de l’ONU qui a opté pour la résolution de partage en 1947.
Depuis 1967, presque tous les présidents américains ont tenté de faire avancer des plans de paix. Les puissances européennes ont cherché à y jouer un rôle, et la Norvège a même eu la possibilité de négocier l’accord d'Oslo. Peu de conflits sur la planète ont suscité un tel intérêt. Ceux qui ont le malheur d'être pris dans d'autres guerres de longue durée doivent en être vraiment jaloux.
Non, le problème n'a jamais été la quantité, mais la qualité de l’attention. Il y a eu le temps de discuter, de négocier, mais sans réelle volonté politique sérieuse, et pas uniquement parmi les parties au conflit.
Dès le départ, les acteurs internationaux n'ont jamais compris la situation en Palestine, et pire encore, n'ont parfois même pas pris la peine de chercher à la comprendre. En remontant à 1917 et à la déclaration Balfour, il est à noter que ses auteurs n'avaient jamais visité le pays ni compris sa composition. Trop souvent, de nombreux politiciens ont pris la Bible comme guide et non la réalité sur le terrain.
Les mythes sionistes selon lesquels il s’agissait d’une terre sans peuple pour un peuple sans terre, qu'il s'agissait d'un David israélien contre un Goliath arabe, et que le savoir-faire israélien avait fait fleurir le désert, ont été trop aisément ingérés. Ayant emmené des dizaines de politiciens britanniques en Palestine ces trente dernières années, je ne cesse de m'étonner de voir à quel point ils sont choqués par une réalité qu'ils découvrent, en porte-à-faux avec ce qu'ils imaginaient.
Deuxièmement, de nombreux acteurs internationaux étaient au mieux dans l’ignorance, et avaient au pire un grand nombre de préjugés. Arthur Balfour lui-même était antisémite. Lloyd George était profondément antimusulman. Dès le début, une mentalité coloniale a fait en sorte que les Palestiniens n’ont jamais été traités comme un peuple avec des droits devant être honorés, situation qui persiste encore largement aujourd'hui.
De nombreux dirigeants européens ont tenté d'apaiser leur conscience par rapport au traitement épouvantable des Juifs en Europe, en cédant aux exigences sionistes en Palestine, quel qu’en soit l'impact sur la population arabe palestinienne. L'Allemagne en est une illustration spécifique, les dirigeants israéliens continuant de leur rappeler leur culpabilité historique pour ce qui s'est passé sous le régime nazi.
Troisièmement, le mouvement sioniste et les dirigeants israéliens ont très bien réussi à cibler les grandes puissances de l'époque. Cela a commencé avec l'Empire ottoman, puis les Britanniques, pour finir bien sûr avec les États-Unis. Les dirigeants palestiniens n'ont jamais eu les mêmes connexions, ni n’ont été aussi aptes à persuader ces dirigeants mondiaux. L'impressionnante opération de lobbying israélien aux États-Unis a particulièrement porté ses fruits après 1967, lorsque les États-Unis ont commencé à considérer Israël comme leur allié naturel au Moyen-Orient.
Aujourd'hui, toute personnalité politique américaine en devenir s'adresse au groupe de pression israélien Aipac et lui apporte habituellement un soutien sans faille.
En bref, Israël a toujours aimé être dépeint comme un acteur de bonne foi alors que c'est loin d'être le cas. Sous la présidence de Trump, les dirigeants israéliens pouvaient presque tout faire et étendre leurs colonies à volonté. Sous certains présidents moins indulgents, les dirigeants israéliens devaient parfois ralentir le rythme, mais rien de plus. Les États-Unis se sont engagés à ne rien proposer à la partie palestinienne sans l'avoir d'abord soumis aux dirigeants israéliens.
Le résultat est que les États-Unis ne sont pas et n'ont jamais été un intermédiaire impartial. Ce n'est pas étonnant. Le sondage Arab News-You Gov montre que la plupart des Palestiniens – environ 59 % – ne font pas confiance aux États-Unis comme médiateur. De façon assez remarquable, ce chiffre n'est pas plus élevé. D'autres puissances telles que la Russie et la Chine sont désormais considérées plus favorablement par les Palestiniens comme des intermédiaires potentiels.
Conflit israélo-palestinien: l’échec de soixante-quinze ans de négociations
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Conflit israélo-palestinien: l’échec de soixante-quinze ans de négociations

- En soixante-quinze ans, il y a eu le temps de discuter, de négocier, mais sans réelle volonté politique sérieuse, et pas uniquement parmi les parties au conflit
- Un processus de paix doit être fondé sur des principes fondamentaux qui doivent inclure la fin de l'occupation israélienne, un règlement équitable pour les réfugiés et une solution respectant les droits des deux peuples