De l’idiotie plutôt que de la naïveté… Daech profitera de la victoire des talibans

De l’idiotie plutôt que de la naïveté… Daech profitera de la victoire des talibans
Short Url

De l’idiotie plutôt que de la naïveté… Daech profitera de la victoire des talibans

De l’idiotie plutôt que de la naïveté… Daech profitera de la victoire des talibans
  • Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, met en garde contre un élargissement «alarmant» des affiliés de Daech à travers l’Afrique
  • «La guerre contre le terrorisme» du président Bush était, depuis le départ, de la pure idiotie qui a engendré des conséquences tragiques pour l’Irak et l’Afghanistan qui ont été ravagés par la guerre

Les généraux et les diplomates avaient dit à leurs leaders ce qui allait exactement se passer une fois que les forces occidentales auront abandonné leurs postes en Afghanistan. Et voilà que nous y sommes : les villes sont renversées les unes après les autres, des djihadistes venus du monde entier se hâtent d’accueillir leur nouveau califat, rejoignant des milliers de combattants étrangers qui y sont déjà. 

Dans l’une de ses déclarations les plus scandaleusement mal avisées de tous les temps, le président américain Joe Biden (qui affirme, de manière dogmatique, qu’il ne regrette pas sa décision) a poussé les Afghans, avec un air de condescendance, à «lutter pour leur nation», alors que les Américains se ruent vers les sorties. L’administration Biden a ainsi mobilisé un brouillage diplomatique absurde de dernière minute à travers le Qatar pour supplier les Talibans victorieux de consentir à un compromis de partage. Si les Talibans avaient le sens de l’humour, ils rigoleraient jusqu’à leur arrivée à Kaboul.

Les talibans ont promis aux négociateurs américains qu’ils n’attaqueraient pas les villes… et pourtant, surprise ! Ces extrémistes acharnés n’arrivent pas à tenir leurs promesses, tout comme ils ne parviennent pas à se retenir de massacrer des soldats et des fonctionnaires, ou encore d’empêcher les terroristes d’opérer sur le sol afghan. Les talibans malhonnêtes maîtrisent l’art de raconter aux foules ce qu’elles ont envie d’entendre, tout en y ajoutant leur propre touche: «Nous allons permettre aux femmes de poursuivre leur éducation» (jusqu’à l’âge de 10 ans) ; «nous allons défendre les droits de la femme» (conformément à notre propre interprétation de la Charia). 

Et, alors que les talibans se préparent pour abattre les citoyens de Kaboul, les négociateurs américains craignent une attaque contre leur ambassade. Si les employés de l’ambassade veulent éviter une humiliation pareille à celle de Téhéran en 1979, de Saïgon en 1975, ou encore de Mogadiscio en 1992, ils devraient se précipiter vers les hélicoptères tout de suite, abandonnant les Afghans à leur sort.

Les talibans ne doivent rien à personne, ne s’attendent à rien et ne veulent rien de la communauté internationale. Leurs leaders seront à présent encore plus prédisposés à recevoir des terroristes - contrairement aux prédictions déconcertantes et stupides (ne disons pas «naïves») des responsables occidentaux qui avaient cru que 20 ans d’insurrection brutale apaiseraient les pires instincts des talibans.

Comme nous l’avons observé après les attentats du 11 septembre et suite à l’émergence de Daech en 2014, les succès spectaculaires qui ont lieu à un endroit précis inspirent fortement les djihadistes qui sont ailleurs, encourageant ainsi des dizaines de milliers d’entre eux à s’engager dans ces sectes meurtrières absurdes, sans oublier que le terrorisme mondial était déjà en hausse. Le département américain de la Défense en conclut que l’État islamique est bien enraciné en Irak et qu’il peut «indéfiniment opérer» dans le désert syrien. L’Amérique s’est-elle déjà retirée de ces pays ? Peut-être pas. Mais, en essayant de passer inaperçue, elle a entravé ses forces au point de ne plus pouvoir faire grand-chose, à part se protéger contre les tirs de missiles lancés par des militants soutenus par l’Iran qui sont sans doute beaucoup plus nuisibles que Daech et qui continuent d’alimenter le contexte sectaire qui a permis à Daech de voir le jour en premier lieu.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, met en garde contre un élargissement «alarmant» des affiliés de Daech à travers l’Afrique. Un mouvement insurrectionnel islamiste s’est effectivement emparé d’une grande partie de l’extrême-nord du Mozambique. Ajoutons à cela que des extrémistes au Congo assassinent allègrement des soldats et des civils. Quant à la franchise nigérienne de Daech, l’Iswap, elle s’est lancée dans une série d’attaques contre des avant-postes militaires à travers le nord du Cameroun. Et au Tchad, un groupe rival a massacré 26 soldats la semaine passée.