Parce que la pandémie de coronavirus avait annulé de nombreuses compétitions de sport, une équipe de chercheurs passionnés de l’Université Stanford avait simulé, en août 2020, la finale du tournoi de tennis de Wimbledon qui s’était tenue l’année précédente. En mobilisant des outils d’intelligence artificielle et à partir d’une large base de données et d’images, les chercheurs ont défini un modèle statistique capable d’analyser et prédire comment Novak Djokovic et Roger Federer joueraient sur les courts de Wimbledon. Derrière l’anecdote et le pur exercice technique, j’y ai vu une nouvelle confirmation de la création de compétitions hybrides et asynchrones, qui permettront d’intégrer des données physiques et physiologiques et qui donneront la chance au grand public ou aux fans, comme vous ou moi, d’affronter les avatars de réels champions.
Une fois encore, le monde du sport nous interpelle et nous permet d’aborder quelques-uns des défis juridiques et éthiques soulevés par la technologie.
Le « deepfake » est une technique de manipulation de vidéo. On utilise le visage ou le corps d’une personne que l’on intègre dans une séquence animée. En juillet 2017, des chercheurs de l’Université de Washington avaient développé un premier outil qui permettait de faire dire n’importe quel texte à l‘ancien Président Barack Obama. La technologie synchronisait la gestuelle et les expressions de son visage, ainsi que sa voix et ses intonations, de manière assez réaliste. D’où le néologisme deepfake : « fake » signifie « faux » et « deep » provient de l’utilisation d’un sous-ensemble des technologies d’intelligence artificielle (IA) appelé « Deep Learning », une technique d’apprentissage automatique dans lequel un système informatique interprète et apprend de manière itérative à partir de données. Plus il y a d’images ou de séquences vidéo réelles, plus le deepfake produit est réaliste et homogène.
Le monde du sport est riche en films et en images d’archives. J’ai eu la chance de contribuer à la constitution du patrimoine audiovisuel du Comité international olympique : un trésor unique de plus de 800 000 images et des milliers d’heures de films et d’images télé. Les fédérations internationales, FIFA en tête, se sont elles aussi engagées dans la préservation de leur patrimoine historique. Les ressources audiovisuelles sur les compétitions sportives se comptent maintenant en plusieurs dizaines de milliers d’heures exploitables. Mais je suis persuadé que la valorisation de ce patrimoine dépassera à terme l’utilisation brute des images : la combinaison des outils de reconnaissance et d’analyse d’images et l’intelligence artificielle offriront de nouvelles opportunités pour les sportifs de haut niveau comme les amateurs.

