Des enfants placés pas comme les autres: comment gérer le lien avec les parents? (2/2)

Des enfants placés pas comme les autres: comment gérer le lien avec les parents? (2/2)
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Des enfants placés pas comme les autres: comment gérer le lien avec les parents? (2/2)

Des enfants placés pas comme les autres: comment gérer le lien avec les parents? (2/2)
  • Accompagner des enfants de djihadistes tout juste rentrés met les professionnels de l’aide à l’enfance dans des situations qu’ils rencontrent souvent pour la première fois
  • «Ce qui est complexe, c’est le rapport à la religion; il est important de se dire à quel moment cette pratique nous alerte et pourquoi»

Si les enfants de djihadistes ne diffèrent pas tant que cela des enfants maltraités rencontrés par les professionnels, la dimension religieuse et surtout le lien avec les parents radicalisés, souvent en prison ou encore à l’étranger, sont très complexes à gérer.

Lire la 1re partie, ici

L’influence du père

Accompagner des enfants de djihadistes tout juste rentrés met les professionnels de l’aide à l’enfance dans des situations qu’ils rencontrent souvent pour la première fois. S’ils sont habitués aux situations sociales généralement dramatiques des enfants placés, ils doivent ici y ajouter la dimension religieuse radicale habituellement transmise par le père.

Éric, 50 ans, éducateur spécialisé, est référent de deux enfants de 9 et 11 ans: «La radicalité du père de famille fait qu’il se retrouve dans une posture de contrôle, rendant mon intervention complexe. Dernièrement, il n’a pas souhaité que ses enfants se rendent en vacances ou en centre de loisirs, craignant qu’ils sortent du rang de bons musulmans.»

Lorsque l’éducateur est une femme, le regard semble similaire. Céline a 39 ans. Elle est référente d’une fratrie de quatre enfants, dont deux nés en Syrie. Pour elle aussi, l’influence du père emprisonné est extrêmement difficile à gérer.

«Dans le cadre de cette prise en charge, nous sommes confrontés à un père incarcéré en Algérie et une mère en France. La mère explique avoir suivi son mari par obligation et elle précise ne plus être, selon elle, radicalisée. Pourtant, cette dernière demande que son enfant se rase les cheveux à la suite de la demande de son mari, qu’il justifie comme étant conforme aux règles de l’islam. Le père aurait fait le choix de vouloir mourir martyr plutôt que de revenir vivre en France.»

Pour Céline, ces enfants restent des mineurs à protéger d’eux-mêmes: «L’autre particularité est notamment le fait que certains des mineurs protégés sont auteurs et victimes», ajoute-t-elle. Cette notion d’enfants ayant potentiellement commis des atrocités est présente dans tous les entretiens; il s’agit d’un non-dit absolu, car les travailleurs sociaux ne sont pas au courant des activités précises des parents et de leurs enfants telles qu’ils ont pu les décrire devant le juge.

Olympe suit deux enfants de retour de zone de guerre, en Libye. L’un est âgé de 6 ans et l’autre de 4 ans. Le père a été incarcéré en Algérie et la mère en région parisienne.

Cette situation est encore plus particulière, car au moment de l’entretien, le père a été libéré récemment et il a pu récupérer un des deux enfants. Dans ce cas, c’est la mère qui a la garde de l’autre enfant et qui compte sur l’éducatrice pour l’aider à rompre l’influence du père. «Elle exprime ses inquiétudes quant à la radicalité de son époux. En effet, celui-ci demande auprès des services éducatifs que les cheveux de ses enfants soient rasés, conformément aux préceptes religieux.»

Olympe fait preuve d’un vrai recul sur son métier et notamment sur les dérives possibles dans les relations entre le djihadiste et le travailleur social: «Ce qui est complexe, c’est le rapport à la religion; il est important de se dire à quel moment cette pratique nous alerte et pourquoi. Comment faire ainsi le lien avec de la radicalisation? Je suis parfois en difficulté lorsqu’il s’agit de se positionner face à une pratique religieuse.»

Olympe décrit ici la façon dont le professionnel doit constamment s’adapter, se contorsionner pour parvenir à faire entrer le mineur sur le chemin d’un retour à une vie plus normale.