Emmanuel Macron au Liban pour son Centenaire : quatre leçons d’un siècle qu’on tourne

Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à l’aéroport de Beyrouth le 31 août (Photo, Gonzalo FUENTES/POOL/AFP).
Le président français Emmanuel Macron à son arrivée à l’aéroport de Beyrouth le 31 août (Photo, Gonzalo FUENTES/POOL/AFP).
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Emmanuel Macron au Liban pour son Centenaire : quatre leçons d’un siècle qu’on tourne

Emmanuel Macron au Liban pour son Centenaire : quatre leçons d’un siècle qu’on tourne
  • C’est plutôt au chevet d’un pays à l’agonie que la France, en la personne de son président, se rend au Liban pour lequel son pays avait, il y a cent ans, nourri bien des espoirs
  • À charge pour les élites d'émerger vraiment afin de former le nouveau « bloc historique » qui continuera de porter, pour ce centenaire à venir, le projet d'un Liban en perpétuel devenir

On aura connu plus joyeux anniversaire. C’était pourtant dans l’espoir relatif que les choses continueraient à aller bon train que l’année du Centenaire de l’État du Grand Liban avait commencé. Les projets de commémoration se multipliaient et, malgré des signaux inquiétants, les Libanais se prenaient encore à espérer que le cap passerait, et que leur pays entamerait son deuxième siècle comme il avait passé le premier – envers et contre tout, et malgré les tempêtes.

Une implacable réalité devait seulement en décider autrement. Et c’est plutôt au chevet d’un pays à l’agonie que la France, en la personne de son président, se rend au Liban pour lequel son pays avait, il y a cent ans, nourri bien des espoirs.

À l’occasion d’une visite à la fois extrêmement symbolique et politiquement très risquée, Emmanuel Macron portera aux Libanais, en plus du baume que leurs plaies ouvertes sur le port de Beyrouth attendent, des raisons de revenir sur ce siècle passé, et d’en méditer quelques enseignements.

La date « fatidique » du 1er septembre 1920 clôturait une longue séquence d'événements incroyablement agités, violents, et tragiques. À la fois pour le monde d’alors, juste sorti de la Première Guerre mondiale ; pour l’empire Ottoman – mais aussi pour d'autres empires, plus européens ; et pour le Levant – comme l’appelaient les chancelleries françaises et britanniques à l’époque. Premier enseignement déjà : celui selon lequel bien des pays naissent parfois de grands tumultes et de douloureuses convulsions ; et la leçon que doivent peut-être en retenir les Libanais est que, si de certains maux peuvent naître des biens, des entités stato-nationales peuvent tout autant parfois « disparaître » (pour reprendre les termes du ministre Le Drian) à la faveur des tumultes – tels que nous en vivons de nombreux en ce moment, dans la région et dans le monde.

La parenthèse 1918-1920 avait été celle d'un intense concert diplomatique : le Congrès de Versailles, la création de la SDN, les traités divers et les États en naissant. Au cœur de ce ballet, c'est l'élaboration d'une vision et l’expression d’une volonté libanaise – celle des « libanistes » divers, emmenés par le patriarche Hoyek – qui sut comprendre et déchiffrer l'écheveau des intérêts géo-économiques des grands (le couple franco-britannique certes, mais aussi les lobbies industriels et culturo-religieux de Lyon et de Marseille) et qui sut s'articuler par rapport à eux, pour donner naissance à un pays, le Liban, dont l'existence n'était nullement « naturellement » donnée. Deuxième enseignement : s'il existe des déterminants, il faut aussi, pour enfanter un pays, un volontarisme et un dessein ; et c’est ce dont les Libanais doivent aujourd'hui se doter, s'ils veulent prolonger leur premier Centenaire et lui donner une suite.
L'entité née alors venait au monde fatiguée et exsangue – la famine gigantesque des années 1916-17, évidée – la grande émigration, vers l'Amérique latine, l'Afrique, et l'Égypte, criblée – le refus d'une partie de la population adjointe au Mont-Liban, et menacée – le refus arabe sur les cendres de Maysaloun, l'irrédentisme syrien jamais vraiment éteint. Seulement, c’est très vite que les pères fondateurs l'ont dotée d'un message, seul à même de surmonter ces faiblesses congénitales.