Comme en témoignent les activités du prince Faisal ben Bandar al-Saoud et de sa fédération esport (Safeis) en Arabie saoudite depuis 2017, le partenariat du diffuseur MBC avec ESL pour créer la première ligue professionnelle de la région Mena en 2019, les récents engagements d’Abu Dhabi via Twofour54, leur zone franche dédiée, ou encore les 100 millions de joueurs que compte la région, le Moyen-Orient imprime profondément sa marque sur l’e-sport au niveau mondial. Si certains se réjouissent de ces résultats, quelques autres s’inquiètent du fait que le financement du secteur par les acteurs publics ou semi-publics renforce les risques de substitution et de dispersion des richesses (leakage) et ne s’inscrive que dans une démarche spéculative. Alors, où en sommes-nous précisément? En quoi les avancées du Moyen-Orient pourraient-elles inspirer d’autres régions?
En termes purement économiques, un récent rapport de Frost & Sullivan estimait le potentiel de l’esport à 4,5 milliards de dollars (soit 3,78 milliards d’euros) pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Par leurs tailles et leurs niveaux de richesse, l’Arabie saoudite (19e rang mondial) et les Émirats arabes unis (35e) en sont les deux principaux marchés. En Arabie saoudite, avec 22,5% par an sur la période 2019-2025, les perspectives de croissance font rêver. Les dirigeants du Royaume l’avaient probablement pressenti quand ils ont fixé dans le plan de réforme Vision 2030 un objectif de 21,3 milliards de dollars (17,87 milliards d’euros) en 2030 pour l’industrie des loisirs, dont l’esport. Pour soutenir ces développements, gouvernements et entreprises engagent des investissements substantiels dans les infrastructures télécoms et physiques: Amazon Web Services (AWS) installe des serveurs au Bahreïn, Neom en Arabie saoudite, Twofour54 à Abu Dhabi ou le Dubai X Stadium.
En termes sociaux, avec plus de deux téléphones par personne en moyenne, la jeunesse des Émirats arabes unis et du royaume d’Arabie saoudite a grandi dans un monde connecté. Avant la pandémie de Covid-19, un jeune émirati jouait déjà en moyenne plus de trente minutes par jour à des jeux sur téléphone mobile. Suivre leurs compétiteurs préférés, s’affronter en direct sur Twitch ou YouTube, interagir avec eux par chat ou sur les médias sociaux sont les moyens organiques de connexion de cette jeunesse. L’esport a même offert aux jeunes femmes des espaces uniques de communication et d’affirmation. Pour Fernando Pereira, président de Grow uP eSports, «les jeunes filles qui s’intéressent aux jeux vidéo dès leur plus jeune âge seraient à 30% plus susceptibles de suivre des études scientifiques». Pour tout millénial du Conseil de coopération du Golfe aujourd’hui, l’e-sport fait partie intégrante de la vie et de la culture.

