Est-ce le début de la fin du Liban, notre Liban ?

Une femme libanaise tient une pancarte devant des soldats lors d'une manifestation contre la paralysie politique du pays et la profonde crise économique à Beyrouth, à l'occasion de la fête des mères, le 20 mars 2021. "Nous les avons éduqués avec nos larmes et vous leur avez volé leur avenir. Partez!" ANWAR AMRO / AFP
Une femme libanaise tient une pancarte devant des soldats lors d'une manifestation contre la paralysie politique du pays et la profonde crise économique à Beyrouth, à l'occasion de la fête des mères, le 20 mars 2021. "Nous les avons éduqués avec nos larmes et vous leur avez volé leur avenir. Partez!" ANWAR AMRO / AFP
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Est-ce le début de la fin du Liban, notre Liban ?

Est-ce le début de la fin du Liban, notre Liban ?
  • L’explosion massive qui a ravagé Beyrouth et son port le 4 août 2020, et qui aurait pu galvaniser le pays et ouvrir une véritable nouvelle page dans la crise politique, s’est finalement terminée avec le pétard mouillé de l’initiative française
  • Cette crise libanaise aiguë est une lutte pour l’existence avant tout, avant l'économie et la monnaie et les tranchées politiques

Le taux de change du dollar américain par rapport à la livre libanaise a atteint la semaine dernière les 15 000, une goutte de trop dans le vase débordant de cette crise politique, économique et monétaire aux mille facettes. Les supermarchés sont devenus le théâtre de scènes tragiques où les citoyens, pour la première fois dans l'histoire du Liban moderne, se disputent le lait en poudre, l’huile, le riz et le sucre, désormais denrées rares dans une saison placée sous le signe d’une pénurie qui n’épargne d’ailleurs pas l’essence et autres carburants, en passe de devenir hors de prix.

Les taux de pauvreté effarants qui fusent à travers le pays témoignent de la dégradation des conditions de vie, symptôme de la grande débâcle nationale. L’explosion massive qui a ravagé Beyrouth et son port le 4 août 2020, et qui aurait pu galvaniser le pays et ouvrir une véritable nouvelle page dans la crise politique, s’est finalement terminée avec le pétard mouillé de l’initiative française, pilotée par le président Emmanuel Macron, pour relancer le processus politique et mener à la formation d'un exécutif crédible. Fort de la feuille de route tracée par l’Hexagone afin de sortir le Liban de la tourmente, le gouvernement aurait pu négocier avec le Fonds monétaire international (FMI), les institutions du monde, et les bailleurs de fonds européens et arabes prêts à aider le Liban.

Depuis son lancement il y a sept mois, cette tentative française s’est heurtée à de considérables obstacles. Dans les coulisses libanaises certes, mais aussi face à la pression de l'administration de l'ancien président américain Donald Trump pour priver la sphère politique libanaise qui tourne dans l’orbite du Hezbollah, figure de proue de l’axe iranien, de la moindre bouée de sauvetage qui lui permette d’entretenir cette relation aux allures douteuses.

Mais l’initiative de Macron voit le véritable parcours du combattant prendre les contours de l’arène politique locale. La promesse faite au président français de former un gouvernement de spécialistes compétents et intègres illico est restée lettre morte, et ses auteurs s’entretuent depuis sept mois. Le 31 août 2020, cinq mois après avoir fait avorter les efforts de l'ambassadeur du Liban en Allemagne, Mustafa Adib, de former un cabinet conforme à l'initiative française, les combines politiques des antichambres continuent de faire obstacle au même processus entrepris par l'ancien premier ministre Saad Hariri jusqu’à aujourd’hui.

Ces manigances affectent considérablement l’esprit de l'initiative du président Emmanuel Macron, et qui voit sa trajectoire changer depuis quelques semaines, particulièrement au niveau de la composition du futur gouvernement. La position française, qui prônait initialement un gouvernement d’experts non affiliés à des partis politiques, baisse le ton. Elle se mue en un appel aux dirigeants politiques libanais de respecter un minimum de critères dans la nomination des ministres, tels que la compétence et l'honnêteté, afin de lancer le processus de sauvetage chapeauté par la France et ses partenaires européens et arabes.