Au commencement de quoi?... Eh bien! Disons… de la célèbre, de la mythique bataille de Poitiers!
Oui, une histoire d’amour! Occultée par la mémoire sélective des auteurs de manuels, cette belle et tragique histoire d'amour méritait bien une chronique…
Donc… Il était une fois, à Toulouse, une princesse chrétienne d'une beauté telle qu'elle nourrira longtemps le répertoire des troubadours. Le sort voulut qu'au cours d’une promenade au nord de Carcassonne, Munuz, gouverneur de Narbonne (1), tombât sur une troupe d'Aquitains escortant un palanquin haut en couleur. Et à l'intérieur de ce palanquin: Lampégie, la fille d’Eudes, duc d'Aquitaine, dont la capitale était alors Toulouse.
Quelques mois plus tard, la belle épouse, avec l’assentiment paternel, son ravisseur. Scandale à Cordoue, capitale de l’émir Abd er-Rahman: alliance «illicite»! Scandale aussi à Trèves, siège du commandement de Charles Martel, pour qui cette union annonce une alliance stratégique alors qu’il a une visée sur l’Aquitaine...
Le Franc porte par deux fois le fer et le feu sur les terres du vieux duc. De son côté, Abd er-Rahman lève une armée, dépêche son lieutenant Ibn Zeyane en Narbonnaise, pour châtier le traître gouverneur, pendant que lui-même fonce sur Toulouse. Ibn Zeyane, qui nourrit une haine farouche contre les Berbères, va remplir avec un grand zèle sa mission. Le «renégat», il n'aura pas à aller le chercher dans la lointaine Narbonne, mais plus près, de l'autre côté des Pyrénées, en Cerdagne, dans Llivia, que les Arabes appellent Medinat el-bab: «Ville-de-la-Porte» (des Pyrénées).
Llivia est investie. Mais Munuz réussit à prendre la fuite, entraînant Lampégie par monts et par vaux. Il sera rattrapé et mis à mort ; quant à la chrétienne, elle sera expédiée à Damas, où elle ira «garnir» le harem du calife Hicham. Cela figure dans les chroniques chrétiennes.

