Germaine Tillion, de la résistance et de la déportation au Panthéon, en passant par les Aurès

Germaine Tillion, de la résistance et de la déportation au Panthéon, en passant par les Aurès
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Germaine Tillion, de la résistance et de la déportation au Panthéon, en passant par les Aurès

Germaine Tillion, de la résistance et de la déportation au Panthéon, en passant par les Aurès
  • En France, de Germaine Tillion, et depuis son entrée au Panthéon, le grand public ne connaît que ses engagements dans la Résistance et sa déportation. Déportation d’où ne revint pas sa mère…
  • De ses missions dans les Aurès, mais aussi en Kabylie, dans l’Ouarsenis, dans le Hoggar et au Mzab, elle tira une leçon magistrale, car forgée dans l’humanisme et l’écoute de l’autre

Germaine Tillion. Un nom qui me fut très tôt familier. Il m’accompagna un temps dans mes études. C’était durant mes années passées à l’université Jussieu Paris 7, en ethnologie (i). De son ouvrage Le Harem et les cousins, devenu un classique en sciences humaines, Benjamin Stora dira: «Il reste un livre majeur et dérangeant, à la fois par les méthodes employées et l’ampleur des problèmes et hypothèses posés.»

«L’asservissement dégrade celui qui en bénéficie»
En ce temps-là, sur l’Algérie, il y avait deux noms qui se côtoyaient mais ne se croisaient pas: Germaine Tillon et Pierre Bourdieu, chacun dans son domaine. En France, de Germaine Tillion, et depuis son entrée au Panthéon (27 mai 2015), le grand public ne connaît que ses engagements dans la Résistance et sa déportation. Déportation d’où ne revint pas sa mère…
Cependant, on ne peut pas dire qu’il y eut deux ou trois Germaine Tillion: la résistante, la déportée, l’ethnologue, ce fut la même femme qui se rendit dans les Aurès, en Algérie, partagea le quotidien des femmes chaouias, respira le même air, échangeant avec les hommes de la tribu, enrichissant son parler berbère – langue qu’elle commença à étudier à l’Inalco, à Paris,
Dans Le Harem et les Cousins, voici ce qu’on peut lire: «L’ethnologie, pas seulement science humaine, mais humanisme, tient au niveau de l’interconnexion des peuples, une place analogue à celle que joue le dialogue au niveau des individus. Dans le dialogue comme dans l’ethnologie on est deux».  

aures
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De ses missions dans les Aurès, mais aussi en Kabylie, dans l’Ouarsenis, dans le Hoggar et au Mzab, elle tira une leçon magistrale, car forgée dans l’humanisme et l’écoute de l’autre. Cette leçon, elle la résume d’une phrase: «L’asservissement ne dégrade pas seulement l’être qui en est victime, mais celui qui en bénéficie».
De cela, je fus conscient, ayant toujours gardé cette idée formulée par Germaine Tillion (mais aussi par Robert Jaulin) que, dans une aliénation, celui qui aliène est lui-même aliéné. C’est ce qui fait qu’en Algérie, quand on parle de la «question des femmes», on parle sans le savoir du «problème des hommes».
Sur l’asservissement, l’homme est, lui aussi, asservi et doublement: par le système et par son propre rapport à la femme. Ce qui fait l’originalité du travail de Germaine Tillion, c’est d’avoir commencé par remonter à l’asservissement qui était ou qui fut à l’œuvre même dans les sociétés occidentales.

Un esprit de subversion
Ce que Germaine apprit auprès des femmes et des hommes des Aurès, l’anthropologue Tassadit Yacine le résume lorsqu’elle dit: «que le monde berbère, s’il est sans écriture, il n’est pas pour autant sans histoire, comme dirait Sarkozy».
Même le répertoire des chants traditionnels, tels que ceux interprétés avec un brio rare par Houria Aïchi, témoigne du tempérament de ces femmes… je ne dirai pas libres mais dignes et subversives… D’un esprit de subversion qui, sans l’air d’y toucher (de toucher à l’honneur des hommes) a de quoi tenir la dragée haute à l’espèce mâle, laquelle espèce, souvent, s’en tire avec les apparences, voilà tout… Et de cet esprit de subversion, Germaine Tillion en montra suffisamment dans sa propre vie pour ne pas le déceler chez les femmes des Aurès…
Il faut rappeler qu’elle connut son terrain d’études, à partir de 1934, poussée par Marcel Mauss, avant de rejoindre la résistance en 1940, dans le groupe «du Musée de l’Homme», et d’être déportée, en 1943, après avoir été dénoncée par un homme d’église, qui monnayait ses trahisons auprès des Allemands… Dans cet enfer, elle trouvait la force mentale de prendre des notes, sur la structuration des différents «services» gérant le camp. Et même d’écrire une opérette pour ses camarades, car l’humour même noir l’aidait à supporter l’insupportable. L’humour, même retourné contre elle-même, elle le conservera dans ses approches de la vie et des peuples qu’elle fréquentait non comme des objets d’études mais comme des contributeurs à la connaissance de soi-même, par la connaissance de l’autre.