Tariq ibn Ziyad, ayant débarqué en Espagne et renvoyé la marine omeyyade à Tanger, dit à ses troupes : «De quel côté allez-vous fuir ? Derrière vous se trouve la mer ; devant vous, l’ennemi.» Ils n’avaient d’autre choix que de conquérir la péninsule Ibérique. La proximité des deux rives est telle que, même au VIIIe siècle, l’étroit détroit de 13 km qui sépare l’Europe et l’Afrique ne constituait guère un obstacle.
Par la suite, le détroit de Gibraltar n’a guère fait obstacle à des siècles de conquêtes, d’échanges, de commerce et de voyages. Néanmoins, le passage s’est peu amélioré depuis l’Antiquité. Malgré 8 routes maritimes et 20 vols quotidiens entre le Maroc et l’Espagne, les deux ne sont pas reliés par la route ou le train ; cependant, depuis cette semaine, les plans en faveur d’un tunnel reliant les deux pays ont été largement soutenus.
Les gouvernements espagnol et marocain ont étudié pour la première fois la faisabilité d’un tunnel reliant l’Europe et l’Afrique en 1979. Ces discussions ont repris en 2003 et, ces dernières années, le gouvernement britannique a étudié des plans pour un tunnel reliant Gibraltar à Tanger. La zone dans laquelle se trouvent les eaux territoriales de 3 pays et par laquelle passe la moitié du commerce mondial est bien sûr très controversée, ce qui rend les discussions sur tout projet de méga-infrastructure extrêmement délicates.
Dans un contexte de ralentissement économique européen, l’Espagne est devenue le plus grand partenaire commercial du Maroc, donnant au pays d’Europe du Sud un avantage unique lorsqu’il s’agit d’exploiter les possibilités sur les marchés à forte croissance des pays du sud. À cette fin, les gouvernements marocain et espagnol ont décidé, plus tôt cette année, de réactiver le projet de tunnel ferroviaire sous-marin qui devrait commencer en 2030. Cette démarche s’est accompagnée d’un financement pour une conception conjointe hispano-marocaine et d’un comité de planification.
Cette semaine, le gouvernement espagnol a concrétisé cet engagement en allouant 2,3 millions d’euros à l’étude mieux connue sous le nom de «liaison fixe Europe-Afrique à travers le détroit de Gibraltar». La ligne ferroviaire à grande vitesse du Maroc reliant Casablanca à Tanger (la première en Afrique) offre la perspective attrayante d’une connexion avec l’extrémité Sud du réseau espagnol de trains à grande vitesse. La ligne marocaine devrait s’étendre plus au sud jusqu’à Marrakech et les perspectives d’un tunnel reliant les deux sont devenues plus envisageables. On estime que, dans les cinq ans suivant son ouverture, un tel tunnel permettrait le passage annuel de plus de 13 millions de tonnes de marchandises, aux côtés de 12,8 millions de passagers.
Après une pause, les relations entre Rabat et Madrid ont connu une renaissance depuis que l’Espagne a soutenu la souveraineté du Maroc sur la question du Sahara occidental. L’amélioration des relations entre les deux pays a engendré une coopération accrue en matière de migration et de sécurité, avec un environnement politique plus propice à la collaboration concernant le tunnel. Bien que leur Histoire bilatérale soit compliquée, il semblerait que les deux parties reconnaissent l'importance de l'autre depuis la nouvelle feuille de route établie l'année dernière. Plus de 20 accords commerciaux ont été signés et plus de 800 millions d'euros de lignes de crédit garanties.

