Lorsqu’il est question du régime iranien et de son rôle dans les crimes contre l’humanité, de nombreux événements restent non résolus, des années, voire des décennies plus tard.
Certains, comme le bombardement d’infrastructures civiles en Syrie, sont probablement attribuables au régime iranien et à ses milices et groupes terroristes par procuration. Des avocats des droits de l’homme tentent actuellement de traduire en justice des responsables militaires iraniens et syriens. Ils seront tenus responsables de crimes de guerre devant la Cour pénale internationale.
Gissou Nia, un avocat qui fait partie de l’équipe juridique, déclare: «Jusqu’à présent, peu d’attention publique a été accordée à la responsabilité juridique de la République islamique d’Iran dans le conflit syrien qui dure depuis une décennie. En effet, les responsables iraniens mènent de grandes interventions en Syrie, en plus de commettre des atrocités. L’Iran a fourni un soutien militaire et non militaire considérable pour atteindre ses objectifs, principalement pour empêcher la chute du président syrien déchu, Bachar al-Assad. Malheureusement, ces objectifs ont été atteints au prix de centaines de milliers de civils syriens tués, blessés et déplacés.»
Pendant le conflit syrien, l’Iran a demandé l’aide de ses mandataires chiites, principalement le Hezbollah, pour soutenir les forces de M. Assad. Lorsque le nombre de groupes d’opposition syriens a augmenté, Téhéran a engagé des combattants chiites en provenance d’autres pays, dont le Pakistan et l’Afghanistan.
En outre, le régime iranien n’a pas encore été tenu responsable d’un autre crime majeur contre l’humanité. En 1988, l’Iran a été le terrain de ce que de nombreux experts des droits de l’homme et spécialistes du droit international qualifient de «génocide» et de «pire crime contre l’humanité dans la seconde moitié du XXe siècle».
Entre juillet et septembre de cette année-là, quelque trente mille prisonniers politiques ont été exécutés après des simulacres de procès qui duraient souvent moins de cinq minutes. Les «Commissions de la mort», responsables de ces procès, ont été constituées à la suite de l’émission par le Guide suprême de l’époque, l’ayatollah Khomeini, d’une fatwa. Cette dernière visait les militants du principal mouvement d’opposition iranien – le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) – et les a tous déclarés coupables du crime capital d’«inimitié envers Dieu».
Comparé à d’autres atrocités similaires, le massacre des prisonniers iraniens en 1988 s’est déroulé dans une relative discrétion. Mais même en l’absence de réseaux sociaux capables de diffuser ces informations à très grande vitesse, la nouvelle est presque aussitôt parvenue aux oreilles des décideurs politiques occidentaux. En conséquence, la forte augmentation des exécutions a été mentionnée dans une résolution de l’Assemblée générale des nations unies sur la situation des droits de l’homme en Iran la même année. Malheureusement, aucun des organes compétents de l’Organisation des nations unies (ONU) n’a donné suite à cette résolution. Les experts en matière de droits de l’homme de l’ONU ont reconnu ce fait en septembre 2020, lorsqu’ils ont envoyé une lettre aux autorités iraniennes appelant à la transparence sur ce massacre.
La lettre détaillait «les répercussions destructrices» que l’inaction a pu avoir sur les survivants du massacre et les familles des victimes, ainsi que sur la situation générale des droits de l’homme en Iran. Par extension, la lettre a servi d’avertissement général sur le danger de l’impunité lorsqu’il est question de crimes contre l’humanité, en particulier après qu'ils ont été publiquement reconnus et condamnés sur la scène internationale.

