Le projet de colonies juives aimerait plus que tout poursuivre son annexion de facto de la Cisjordanie à l’abri des regards en y marginalisant entièrement les Palestiniens. Paradoxalement, bien que les colons n’aient jamais été aussi bien représentés au gouvernement – sachant que ce dernier vise à annexer complètement la Cisjordanie –, ce sont les intentions législatives antidémocratiques du gouvernement qui ont fait la une des journaux, plutôt que l’annexion qui se déroule à un rythme effréné, comme si la population palestinienne n’avait aucune importance.
Ce qui énerve les Israéliens par-dessus tout, c’est d’être accusés d’imposer un régime d’apartheid aux Palestiniens dans les territoires occupés. Mais, en même temps, cela n’a pas empêché les administrations successives de mettre en œuvre les pratiques qui ont conduit à cette accusation. L’apartheid est défini comme «l’application d’un système de ségrégation raciale légalisée, dans lequel un groupe racial est privé de droits politiques et civils». Il ne fait aucun doute que cette définition correspond au comportement d’Israël dans les territoires occupés. Si Israël refuse de répondre à de telles accusations concernant ses relations avec les Palestiniens, c’est parce que l’apartheid est considéré comme un crime contre l’humanité punissable en vertu du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, ce qui le rend non seulement moralement répréhensible mais aussi illégal.
Deux évolutions récentes ont mis en évidence les pratiques des forces d’occupation israéliennes en Cisjordanie, qui suggèrent à la fois que l’occupation pourrait durer indéfiniment et que les Palestiniens sont victimes de pratiques discriminatoires extrêmes de la part de leurs voisins juifs: en d’autres termes, ils souffrent du crime d’apartheid.
La première, comme le rapporte le journal israélien Haaretz, concerne les autorités israéliennes qui finalisent les dernières étapes de planification de la construction d’une route séparée pour les Palestiniens, laquelle, une fois achevée, reliera le sud et le nord de la Cisjordanie occupée. Cependant, avant que quiconque dise qu’Israël se soucie tout d’un coup de moderniser les infrastructures et d’améliorer la vie des Palestiniens, rassurez-vous – il y a un hic, et pas des moindres. La route, qui commencerait près du village palestinien d’Az-Za’ayyem et continuerait à travers la ville palestinienne d’Al-Eizariya, vise à séparer les Palestiniens des colons israéliens, dans le cadre du plan israélien controversé de construction dans une zone appelée «E1».

