PARIS : On se souviendra de ce mardi 18 mai 2021 en France. La grande nouvelle n’était pas le déconfinement et l’ouverture des terrasses, mais le grand retour d’un joueur dans l’équipe nationale de football. Celui de Karim Benzema.
Cinq ans après sa dernière sélection avec les Bleus, il était enfin parmi les joueurs convoqués pour l’Euro 2020. Son retour a été largement commenté et salué dans l’opinion et la classe politique, à l’exception du Rassemblement national pour lequel le natif de Lyon, de parents algériens, restera toujours un “Français de papier”. Un Algérien. Même le président de la République s’en est réjoui, ce qui prouve qu’au sommet de l’État, le sujet est sensible.
Le retour de l’enfant prodige, savamment médiatisé, est chargé de signes politiques. Un an avant l’élection présidentielle, alors que l’enjeu de la sécurité s’est déjà imposé dans la campagne, celui de la réconciliation des Français, ceux d’ici et ceux d’ailleurs, ceux du centre et des périphéries, l’est tout autant.
La figure emblématique de cette réconciliation nationale
Et c’est Karim Benzema, né quatre ans après l’historique Marche des Beurs pour l’égalité et contre le racisme (lancée à Lyon en 1983), qui sera la figure emblématique de cette réconciliation nationale, alors que la lepénisation de la société progresse partout, que nous sommes en plein conflit israélo-palestinien, dans le débat sur le séparatisme, «l’islamo-gauchisme», l’immigration, la recrudescence des assassinats par des radicalisés…
Cependant, la réintégration du génie du ballon rond tient d’abord à son talent et à l’immense travail effectué à Madrid sous l’égide de Zidane, autre icone d’origine algérienne du football. De l’avant-centre de la prestigieuse équipe du Real Madrid, on ne fait plus le bilan, tant son palmarès est éloquent. Il parle pour lui. C’est l’un des meilleurs joueurs du monde.
Mais paradoxalement, il est/était mal-aimé des Français. Les critiques l’ont littéralement assailli des années durant. Quand l’équipe nationale perdait, ils fondaient sur lui. Sa carrière avec les Bleus faisait couler beaucoup d’encre, sur le registre de l’allégeance à la nation, du respect du maillot français, des «racailles» des cités devenus millionnaires, etc. Autant d’invectives, souvent teintées de racisme, visant aussi d’autres joueurs tels Ben Arfa, Nasri, M’Vila, Anelka, Ribéry, convertis à l’islam…
«Quand je marque, je suis Français, quand je ne marque pas, je suis Arabe.»
Ses détracteurs scrutaient ses lèvres avant le début des matchs, lui reprochaient de ne pas chanter La Marseillaise. Son patriotisme était suspecté. N’avait-il pas déclaré à dix-huit ans: «L’Algérie, c’est le pays de mes parents, c’est dans le cœur…» avant d’ajouter qu’il serait «toujours présent pour l’équipe de France». Dans une interview réalisée à Madrid, il dénonçait encore: «Quand je marque, je suis Français, quand je ne marque pas, je suis Arabe.»
La formule aurait pu être prononcée par Cassius Clay, alias Mohamed Ali, en 1967 aux États-Unis. Elle est restée dans les esprits, entraînant la furie de ses détracteurs. Jérôme Béglé, journaliste, l’invectivait dans un article d’une violence inouïe, teinté de racisme, en 2013, où il le sommait de se taire: «… C'est dans la capitale des Gaules que le jeune malappris a été éduqué au football – seulement au football visiblement. Il devrait être animé par un devoir de reconnaissance, voire de respect, à l'égard d'un club, d'une ville, d'un pays, qui, un jour, ont cru en lui. On n'attend pas de lui des déclarations d'amour, mais simplement qu'il ne foule pas aux pieds les symboles d'une nation qui l'a fait roi. L'argent et la gloire ne permettent pas tout. Il existe quelques digues que l'on aimerait infranchissables.

