Le dernier sommet France-Afrique qui s’est tenu à Montpellier, auquel les chefs d'État africains n'étaient pas conviés, a été caractérisé par un débat franc et passionné entre Emmanuel Macron et les 700 jeunes représentants de la société civile africaine.
Cette rencontre a été envisagée à la suite du rapport soumis par le philosophe et historien camerounais Achille Mbembe au président français sur «la Françafrique». Ce terme, qui remonte aux années 1950, désigne l'état spécifique des liens institutionnels et diplomatiques existant entre la France et ses anciennes colonies africaines. La dynamique de la décolonisation française en Afrique occidentale et centrale, arrivée à son terme en 1960, n'a pas conduit à une rupture radicale et totale avec les nouvelles nations indépendantes.
Des nouvelles structures de coopération et de partenariat ont été instituées pour préserver l'essentiel des intérêts français en Afrique, notamment sur les plans militaire, économique et culturel.
Le franc africain est resté la monnaie commune de 14 pays de l'ancien empire colonial français, instituant ainsi un rapport de dépendance permanent du Trésor français, qui gère la moitié des réserves de change des pays membres de la communauté financière du franc africain (CFA).
Les accords de coopération militaire ont permis à la France d'opérer librement dans l'espace africain, d'avoir des bases permanentes dans certains pays, et de monopoliser le commerce des armes avec les États africains qui relèvent de sa zone d'influence.
Les cellules de la Françafrique à l'Élysée et au ministère de la Coopération ont par le passé supervisé l'intervention militaire directe pour sauver des régimes politiques africains ou pour les destituer, au gré des intérêts français.
Récemment encore, le rôle de la France a été prévisible au Tchad après la mort du président Deby, quand elle a soutenu l'accès au pouvoir de son fils le général Mohammed Déby. Il a été notoire en Côte d'ivoire avec l'appui de la candidature du président Ouattara à un troisième mandat, au moment même où la diplomatie française a clairement notifié son refus de la réforme constitutionnelle entreprise par l'ancien président guinéen, Alpha Condé, pour briguer un nouveau mandat.
Le sommet de Montpellier s'est donc déroulé dans une ambiance de nette avancée des sentiments antifrançais au sein de la jeunesse africaine. Pour une grande partie de celle-ci, la France est responsable des maux et des détresses du continent. Parmi les griefs attribués à l'ancien colonisateur: le soutien à des régimes autoritaires, le pillage des ressources naturelles africaines, l'inefficacité des programmes d'aide au développement, la situation précaire des diasporas africaines en France.

