La Turquie a accueilli cette semaine un nouveau cycle de négociations entre l'Ukraine et la Russie. Aussi tragique que soit la guerre en Ukraine, elle est devenue une occasion pour Ankara d'améliorer ses relations avec l'Europe après une longue période de tension.
Ces dernières années, la Turquie a entretenu des relations difficiles avec l'Union européenne (UE), exacerbées par son attitude combative envers la France et la Grèce. Les relations entre la Turquie et la France se sont d'abord tendues au sujet de la Libye, les deux alliés de l'Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) soutenant des camps opposés. Toutefois, l'animosité s'est accrue et a atteint un niveau personnel lorsque le président français, Emmanuel Macron, a déclaré, après la décapitation d'un instituteur par un fanatique, que l'islam avait besoin d'être «réformé». M. Erdogan a utilisé ce propos pour initier une campagne contre la France, accusant même Emmanuel Macron d'avoir des problèmes de santé mentale. Dans le même temps, le litige de longue date avec la Grèce au sujet de Chypre s'est intensifié en 2019, lorsque la Turquie a délimité sa frontière maritime avec la Libye, en traversant la Crète.
Cependant, alors que l'Europe faisait face à l'invasion russe en Ukraine, elle a trouvé en la Turquie un allié nécessaire, tandis qu'Ankara a saisi l'occasion de raviver sa relation avec l'UE. Le sommet de l'Otan de la semaine dernière a été l'occasion pour la Turquie et la France de réchauffer leurs relations. Des réunions ministérielles ont déjà eu lieu entre les deux pays. Leur coopération sur l'Ukraine les aidera également à se coordonner sur d'autres questions, comme la Syrie, la Libye et la Méditerranée orientale.
Malgré l'amertume passée entre M. Macron et le président turc, Recep Tayyip Erdogan, les intérêts de leurs pays respectifs les poussent à coopérer. La Turquie a essayé d'entrer dans l'UE. Cependant, son processus d'adhésion, qui a débuté en 2005, a d'abord échoué en raison de l’opposition féroce du président français, Nicolas Sarkozy. Une autre opportunité s'est présentée en 2016, lorsque la crise syrienne a provoqué un afflux de réfugiés vers le vieux continent. La Turquie était une zone tampon efficace et elle a conclu un accord avec l'UE, en vertu duquel elle a accueilli une grande partie des réfugiés et les a empêchés de se rendre en Europe. En contrepartie, Ankara s'est vu promettre des voyages sans visa pour les ressortissants turcs, en plus de 6 milliards d'euros et de la facilitation des échanges commerciaux.
Néanmoins, la tentative de coup d'État de 2016 en Turquie et les arrestations massives qui ont suivi, ont fourni l'excuse parfaite aux Européens pour se soustraire à un accord qu'ils ont été contraints de conclure afin de stopper l’afflux de réfugiés. Dès lors, les relations se sont dégradées, les Turcs ayant le sentiment d'avoir été trompés par l'Europe et devant supporter seuls le fardeau de 3,5 millions de réfugiés, l'Europe ne leur apportant qu'une aide minimale. La tension a atteint son paroxysme lorsque la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était assise seule derrière M. Erdogan, alors que son collègue masculin était assis à côté du président turc. Ursula Von der Leyen a accusé M. Erdogan de lui manquer de respect parce qu'elle était une femme.

