Le compte à rebours de la chute de l'actuel gouvernement israélien a commencé dès la signature de l'accord de coalition. Pourtant, pour l'instant, cette coalition hétéroclite de partis de droite, de gauche, centristes et religieux continue de survivre, mais de justesse.
Pendant les vacances de printemps de la Knesset, le Conseil de la choura de La Liste arabe unie (plus connue par son sigle en hébreu «Ra'am») qui est l'organe consultatif des chefs religieux, a décidé de geler l'adhésion du parti à la coalition après les affrontements entre les forces de sécurité israéliennes et les fidèles de la mosquée Al-Aqsa.
Pour le moment, il s'agit davantage d'une séparation provisoire que d'un décret irrévocable. Néanmoins, c’est le signe le plus fort à ce jour de la fragilité du gouvernement, rappelant le fait que sa survie est entièrement tributaire des événements à venir; et dans un pays où des événements déstabilisants se produisent très fréquemment, la survie du gouvernement dépendra de la détermination et de la sagesse dont il fera preuve dans sa réponse à ces incidents.
L'une des réalisations les plus remarquables de ce gouvernement a été l'inclusion, pour la première fois dans l'Histoire du pays, d'un parti arabe indépendant. Il a ainsi mis fin à une impasse politique qui a duré deux ans et donné lieu à quatre élections générales.
Les affrontements sur le mont du Temple pendant le mois sacré du ramadan ont soumis les membres du Conseil de la choura et le chef du parti Ra'am, Mansour Abbas, à une pression considérable de la part de leurs partisans, notamment face à ce que de nombreux Palestiniens des deux côtés de la ligne verte considèrent comme un usage excessif de la force en réponse aux pierres lancées depuis le mont du Temple sur les bus emmenant des visiteurs juifs sur le site.
Ra'am étant un parti islamique, tout changement du statu quo régissant l'entrée à Al-Aqsa oblige le parti à trouver un équilibre entre son désir de rester au gouvernement et de maintenir sa position unique de pont entre les juifs et les Palestiniens – qu’ils vivent en Israël ou dans les territoires occupés – d’une part, et son besoin de répondre aux souhaits de ses électeurs, d’autre part.
Dans une coalition gouvernementale qui est plus un mariage de convenance qu'une rencontre d'esprits, il n'y a pas d’atomes crochus entre ses différentes composantes et l'harmonie ne tient qu’à un fil. Ra'am, un parti issu de la branche sudiste du Mouvement islamique en Israël, ne fait pas exception. Il s'agit d'un partenariat difficile à maintenir pour les deux parties. Mais ce qui le rend unique et prometteur, c'est qu'il partage la gestion de ce pays complexe de manière inclusive, sans balayer les différences entre ses membres sous le tapis et sans permettre aux profondes divergences de faire échouer la coalition.
En tant que Palestiniens-Israéliens, ce n'est une décision ni évidente ni facile pour M. Abbas et ses collègues de gouverner avec un Premier ministre ancien directeur du Conseil de Yesha, une organisation regroupant les conseils municipaux des colonies juives de Cisjordanie, qui soutient les colonies et l'annexion d'au moins certaines parties de la Cisjordanie. Il est tout aussi difficile pour le Premier ministre, Naftali Bennett, de travailler avec un parti qui soutient le droit au retour des réfugiés palestiniens.

