Le président libanais Michel Aoun a lâché une bombe. À la suite de l’accord de normalisation conclu entre Israël et les Émirats arabes unis, il a laissé entendre qu’il était prêt à entamer des pourparlers de paix avec Israël si les points de désaccord entre les deux pays étaient résolus. Une prise de position qui vient enfoncer un clou dans l’ « axe de la résistance », qui considère Israël comme une menace existentielle pour le Liban.
Il est important d’analyser la déclaration d’Aoun à une télévision française au regard du discours qu’a fait peu avant son allié Hassan Nasrallah, qui a demandé à ses partisans de « garder leur colère » pour quand ils en auront besoin. Il a insisté sur le fait que personne ne peut renverser le président et a également menacé du risque de guerre civile, que tous les Libanais veulent à tout prix éviter. Le spectre de quinze ans d’une guerre civile meurtrière hante toujours chaque famille et chaque foyer libanais. Personne ne souhaiterait débuter une confrontation avec le Hezbollah qui pourrait déclencher une guerre civile. Cette menace prévaut sur l’affirmation de Nasrallah selon laquelle les armes du Hezbollah ne sont pas destinées à être utilisées contre les concitoyens Libanais, mais visent à protéger le pays des ennemis extérieurs, en premier lieu Israël.
Le pragmatisme du Hezbollah, au-delà de ses « principes sacrés »
Le Hezbollah et Aoun agissent de pair dans leurs déclarations politiques et coordonnent leurs actions. Le Hezbollah a démonté par le passé qu’il était prêt à compromettre ses « principes sacrés » pour sauver sa propre peau ou celle de son allié. Par exemple, Amer Fakhoury, l’agent israélien qui était responsable de la célèbre prison de Khiam, a été relâché en mars. Cette décision n’aurait pas pu se produire sans l’accord du Hezbollah, ce qui a valu au groupe des critiques, considérant qu’il avait franchi une ligne rouge. L’accord était censé redorer le blason de Gebran Bassil, le gendre du président, auprès de Washington, et a indirectement constitué une bouée de sauvetage pour le Hezbollah, qui croule sous le poids des sanctions américaines. Ces prises de position démontrent que l’instinct de survie du Hezbollah est capable de dépasser l’idéologie et que ses principes sacrés peuvent céder face à un pragmatisme pur et dur.

