Thomas Fuller, un théologien britannique du XVIIe siècle, s'est montré particulièrement perspicace en matière de risque politique lorsqu'il a fait ce constat : « L'heure la plus sombre vient toujours avant l'aube ». Ainsi, les ennuis que connaît le président américain Joe Biden depuis quelques mois - qui vont bientôt disparaître - ne doivent pas dissimuler une réalité non moins vraie : il va bientôt faire adopter le plan le plus ambitieux en matière de politique intérieure que les États-Unis aient connu depuis les années 1960, à l'époque du président Lyndon Johnson et de la « Grande Société » (NDLR :Great Society : un programme et un ensemble de mesures de politique intérieure des États-Unis dans les années 1960, proposée et mise en place par le président Lyndon B. Johnson).
M. Biden est confronté à un tas de difficulté. Si les Américains sont pour la plupart favorables à ses initiatives stratégiques visant à clore le chapitre de la « guerre perpétuelle » de l'Amérique en Afghanistan, ils ont été en revanche consternés et indignées par les scènes chaotiques qui ont marqué le retrait maladroit des troupes américaines de ce pays. Certes, la responsabilité de l'attentat suicide perpétré à la fin de la mission est imputable au groupe terroriste Daech. Mais, les dirigeants de l'armée américaine ont, de leur côté, transformé les troupes américaines en une cible plus que désirable. Dans le dossier de l'Afghanistan, la Maison Blanche est apparue fautive, voire incompétente.
En dépit de plusieurs faux espoirs, la crise de la Covid-19 évolue lentement sans que le pays ne retrouve un semblant de normalité et sans que la pandémie ne soit totalement éradiquée. La bête de l'inflation, que l'ancien président de la Réserve fédérale, Paul Volcker, avait apparemment abattue dans les années 1980, repart de plus belle. Le prix du carburant explose et la crise des chaînes d'approvisionnement entraîne des pénuries. Toutes ces défaillances, très concrètes, expliquent sans peine le déclin du président dans les sondages. Dans un sondage réalisé par CNN au mois de septembre, 75 % des Américains disent ressentir une certaine « colère » lorsqu'ils pensent à la situation dans laquelle se trouve la nation aujourd'hui. À la fin du même mois, Gallup a révélé dans un sondage que la cote de popularité de Biden avait chuté à son plus bas niveau (43 %), ce qui représente une baisse de 6 points en un mois depuis le mois d'août, et de 14 points depuis l'investiture du président.
Plus inquiétant encore, Biden a perdu sa popularité parce qu’il a perdu le soutien d’un grand nombre d’indépendants - qui déterminent souvent les résultats des élections américaines. Si le président bénéficiait au mois de juin du soutien de 55 % des électeurs indépendants, ce chiffre a chuté au taux dérisoire de 37 % à la fin du mois de septembre. Historiquement, les premières élections de mi-mandat aboutissent le plus souvent à une véritable catastrophe pour le nouveau locataire de la Maison-Blanche. Elles prennent cette fois-ci l'allure d'un tsunami politique qui fonce tout droit sur l'administration Biden. La chance sourira probablement aux Républicains qui remporteront la majorité des sièges de la Chambre des représentants après le vote de novembre 2022. Ce même scénario pourrait se produire au Sénat. Ainsi, M. Biden ne pourra plus compter sur une majorité au Congrès.

