Le Mouvement des non-alignés constitue le plus grand regroupement d'États au monde après celui des Nations unies. Initialement créé dans le but de préserver les États de la polarisation politique et économique résultant de la guerre froide, il sert de lien important entre les pays en développement qui ont récemment acquis leur indépendance.
Dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, le groupe a gagné en importance, sous l'impulsion du nationalisme arabe et du panislamisme. Toutefois, il a perdu de son éclat à la fin de la guerre froide, à tel point que son soixantième anniversaire est passé inaperçu cette année. Au moment où le Moyen-Orient traverse un apaisement relatif au terme de plusieurs décennies de rivalités et de conflits, il est temps de reconsidérer une alliance inspirée du modèle du Mouvement des non-alignés.
La semaine dernière, des responsables des Émirats arabes unis (EAU) ont mis en avant leur volonté de former un «pacte de non-agression». Les EAU clôturent ainsi une décennie de diplomatie et de militarisation ambitieuses et préconisent une approche «zéro problème» concernant les affaires étrangères. Cette déclaration est intervenue au terme de plusieurs mois marqués par des prises de position modérées au niveau régional, alors que les suites du retrait américain d'Afghanistan ont attiré l'attention sur les réalités du Moyen-Orient post-américain.
Depuis que le Royaume-Uni a renoncé à ses obligations dans les années 1960, le Moyen-Orient est partagé entre les États-Unis et leurs alliés, d'une part, et l'Égypte (dans un premier temps), la Syrie, l'Irak, le Yémen et l'Iran, d'autre part (qui forment un bloc alternatif). Mais cette réalité semble de plus en plus archaïque, compte tenu d’une série de facteurs: le désengagement progressif des États-Unis, le retour de la Russie et dernièrement, le rapprochement entre les Arabes et Israël.
Au cours des derniers mois, le dialogue a été engagé dans des domaines où la politique de la corde raide et la rupture des relations étaient jusque-là au goût du jour. Le rapprochement avec le Qatar en début d'année, suivi du retour progressif de la Syrie dans le giron arabe, témoignent de la volonté de remodeler les relations entre les pays de la région. Le mois dernier, le sommet de Bagdad, qui a réuni les rivaux de la région, a été couronné par l'affirmation du principe de «non-ingérence dans les affaires intérieures des différents pays».

