La prédisposition naturelle des Britanniques à la politesse, à l’euphémisme et à la prévention des conflits est actuellement mise à l’épreuve face à l’augmentation constante du coût de la vie et, en particulier, aux récentes augmentations fulgurantes des prix de l’énergie.
Un groupe d’action qui porte le nom de «Don’t Pay UK» appelle les gens à annuler leurs paiements par prélèvement automatique aux entreprises énergétiques à partir du 1er octobre, jour où le régulateur du marché de l’énergie Ofgem doit à nouveau accroître le plafond des prix de l’énergie. Ce groupe a déjà recueilli plus de 110 000 signatures de soutien.
Les organisateurs de la campagne en ligne visent à ce qu’au moins un million de personnes rejoignent ce groupe de pression de masse au moment où les familles cèdent sous la pression des coûts croissants de la nourriture, du transport, du logement et, surtout, des flambées insensées au niveau des factures d’énergie.
Assisterions-nous bientôt à un mouvement de masse où les Britanniques ordinaires manifesteraient dans les rues pour exprimer leur désaccord face aux prix exorbitants du gaz et de l’électricité, non pas parce qu’ils ne veulent pas payer, mais parce qu’ils n’ont plus les moyens de le faire?
L’inflation au Royaume-Uni est de 10,1% et la Banque d’Angleterre s’attend à ce qu’elle atteigne 13% d’ici à quelques mois. Pire encore, l’économie du pays est en déclin et entrera très probablement en période de crise très bientôt. Ceux qui vivent de leur salaire ne sont pas protégés et, selon le Bureau des statistiques nationales du Royaume-Uni, leur salaire est désormais à la traîne par rapport à l’inflation et a atteint des niveaux record. Ce ne sont pas uniquement les conditions idéales pour une tempête économique, mais une recette pour l’effondrement social.
Cette combinaison d’indicateurs économiques est le pire scénario possible pour les familles ordinaires, en particulier celles qui voient la valeur de leur salaire s’éroder de jour en jour, et pour les petites entreprises qui commencent à peine à se remettre de plus de deux ans de pandémie de Covid-19, tout en continuant de s’adapter aux conséquences du Brexit.
Pendant ce temps, les sociétés énergétiques remuent le couteau dans la plaie et annoncent des bénéfices record.
Il existe des similitudes frappantes entre la situation socioéconomique actuelle et le fiasco de la proposition très critiquée du Royaume-Uni de 1990 sur la taxe communautaire pour la fiscalité locale, connue sous le nom de «poll tax», qui a poussé des centaines de milliers de personnes à descendre dans les rues. Il s’agit de l’une des manifestations les plus violentes dans l’histoire du pays.
Comme ce fut le cas avec la poll tax, les hausses des prix de l’énergie, au-delà de leur effet très tangible en matière d’appauvrissement de millions de personnes, portent atteinte à une autre caractéristique britannique: le sens de l’équité et de la justice du peuple.
Tout comme la poll tax, la flambée des factures d’énergie représente une injustice sociale qui punit de manière disproportionnée les moins nantis. Cela va à l’encontre du principe même d’équité dans une société progressiste. Le gouvernement et les organismes qui lui sont affiliés mettent en place des politiques, sans aucune considération pour leur incidence sur ceux qui peinent déjà à s’en sortir, et dont l’éducation, la santé et l’espérance de vie seront affectées négativement pour de nombreuses années à venir.

