La Turquie et l’Égypte: vers une normalisation tant attendue des relations?

La Turquie et l’Égypte: vers une normalisation tant attendue des relations?
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La Turquie et l’Égypte: vers une normalisation tant attendue des relations?

La Turquie et l’Égypte: vers une normalisation tant attendue des relations?
  • L’année dernière, la Turquie a pris tardivement conscience du fait que couper les ponts avec l’Égypte avait des effets néfastes sur ses intérêts nationaux
  • Visiblement, le gouvernement égyptien n’était pas entièrement satisfait de l’attitude de la Turquie envers la question des Frères musulmans

Une nouvelle étape à demi concrète a été franchie dans le but d’améliorer les relations turco-égyptiennes, puisque la Turquie a décidé de nommer un haut diplomate en Égypte. Salih Mutlu Sen était auparavant le représentant permanent d’Ankara auprès de l’Organisation de la coopération islamique.

Deux détails méritent d’être mentionnés. D’abord, la nouvelle de la nomination n’est venue ni de Turquie ni d’Égypte, mais d’un média du Royaume-Uni. Ensuite, l’ambassadeur a été nommé chargé d'affaires, contrairement à la pratique courante. Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a déclaré: «Le mandat de l’actuel chargé d’affaires au Caire a pris fin. Il sera désormais remplacé par un nouveau.» Les autorités égyptiennes n’ont fait aucun commentaire à ce sujet.

Il y a neuf ans, lorsque les autorités des deux pays ont retiré leurs ambassadeurs respectifs, la représentation a été abaissée au titre de chargé d’affaires. La Turquie a également eu recours à cette pratique dans ses relations avec Israël. En l’occurrence, Ankara avait l’habitude d’envoyer un ambassadeur à Tel-Aviv et de l’appeler «chargé d'affaires».

Il est possible qu’une situation similaire soit en train de voir le jour en Égypte. Il semblerait que les deux pays n’aient toujours pas décidé de rétablir les relations au niveau des ambassadeurs. L’Égypte peut choisir de tout faire selon les accords; cela sera donc inscrit dans les documents d’archives. Ou peut-être n’est-elle pas encore prête à élever la représentation au niveau des ambassadeurs. En d’autres termes, elle risque de tergiverser en attendant de voir si la Turquie remplit certaines conditions supplémentaires.
La principale raison du retrait des ambassadeurs était la réaction disproportionnée de la Turquie face à la destitution, en 2013, du gouvernement égyptien dirigé par Mohamed Morsi, par le général Abdel Fattah al-Sissi. Cette réaction si vive d’Ankara s’explique par les affinités idéologiques entre le Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir, et le mouvement des Frères musulmans. L’opposition d’Ankara à la destitution de Morsi était compréhensible. Cependant, la pratique internationale veut que les pays commencent à reconnaître le nouveau gouvernement et à établir des relations avec lui, une fois la loi et l’ordre restaurés, puisqu’il ne devrait pas rester indéfiniment mis à l’écart.

L’année dernière, la Turquie a pris tardivement conscience du fait que couper les ponts avec l’Égypte avait des effets néfastes sur ses intérêts nationaux. Elle a donc pris des initiatives pour tenter de réparer les pots cassés. Cette fois, l’Égypte a imposé des conditions. Le pays a demandé au gouvernement turc de contrôler les activités des membres des Frères musulmans qui opéraient en Turquie. Pour répondre aux exigences égyptiennes, Ankara a demandé aux militants des Frères musulmans de ne pas diffuser d’émissions télévisées qui critiquaient le gouvernement d’Abdel Fattah al-Sissi et de les remplacer par des programmes culturels et sociaux. Le Caire a prié la Turquie d’extrader ces militants vers l’Égypte, mais ils ont finalement été transférés vers des pays tiers.

Visiblement, le gouvernement égyptien n’était pas entièrement satisfait de l’attitude de la Turquie envers la question des Frères musulmans, comme le montre la lenteur du dégel des relations entre les deux pays.