Pendant des décennies, les relations de la Turquie avec les États-Unis et la Russie ont été un jeu à gain nul: lorsque ses rapports avec Moscou s’améliorent, ses liens avec Washington se détériorent. Cette même règle s’applique d’ailleurs aussi aux relations turques avec l’Otan et la Russie.
Ankara souhaite désormais adopter une politique un peu plus indépendante au sein de l’Otan, mais cette politique l’accule contre un mur. L’Otan, principalement à l’instigation de Washington, presse la Turquie d’adopter une politique plus nette et de clarifier la position qu’elle veut occuper dans l’équilibre Otan-Russie. Moscou, pour sa part, n’attend pas que la Turquie adopte une politique aussi tranchée, se satisfaisant de la politique légèrement indépendante d’Ankara, tant qu’elle n’empiète pas sur ses intérêts.
À l’heure actuelle, la question la plus sensible dans les relations de la Turquie avec la Russie et l’Otan est la crise ukrainienne, et qui s’articule en deux dossiers: l’annexion de la Crimée et la coopération militaire d’Ankara avec l’Ukraine.
La Turquie, comme la majorité de la communauté internationale, dont certains anciens États soviétiques, a condamné l’annexion de la Crimée par la Russie et refuse de la reconnaître.
Les pays occidentaux s’opposent pour leur part à l’annexion car il s’agit d’une violation de la règle internationale du principe de l’intangibilité des frontières. Mais la Turquie aurait une raison supplémentaire de s’intéresser à l’annexion de la péninsule. À l’origine, la Crimée était habitée par des Tatars, qui entretiennent des liens ethniques, linguistiques et culturels étroits avec les Turcs. En 1944, les Soviétiques ont déporté 200 000 à 250 000 Tatars de leurs foyers de Crimée, et les ont réinstallés de force dans diverses républiques d’Asie centrale. Pendant quarante-cinq ans, il leur a été interdit de revenir.
Le ministère turc des Affaires étrangères a publié le mois dernier une déclaration inutilement provocatrice à ce sujet.
«Soixante-dix-sept ans après l’exil, les Turcs tatars de Crimée subissent toujours les difficultés occasionnées par l’annexion illégale (…). La Turquie continuera de se tenir aux côtés des siens dans leur lutte pour obtenir gain de cause, parvenir à la paix et la prospérité et sauvegarder leur identité», indique la déclaration.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a vivement réagi à ces propos. «Si ce discours se poursuit, nous pourrions nous aussi nous pencher sur les problèmes similaires en Turquie. Ce n’est pas ce que nous souhaitons, alors j’espère que le ministère turc des Affaires étrangères nous écoutera aujourd’hui», a-t-elle affirmé, faisant une référence on ne peut plus claire à la question kurde en Turquie.

