La Turquie entretient de bons rapports avec l'Union européenne (UE), les États-Unis et l'Otan, mais il existe également des sujets de discorde entre eux. Alors que la tension monte autour de l'Ukraine, Ankara peut-il en profiter pour obtenir de ces trois alliés ce qu'elle n'a pas pu faire par le passé?
La relation Turquie-UE est une saga. La Turquie est candidate à l'adhésion à l'UE depuis 1999, mais les négociations sur cette question n'ont commencé qu'en 2005. Pour devenir candidate à l’adhésion, la Turquie devait se conformer aux critères relatifs aux droits de l'homme, à l'État de droit et à l'économie de marché, mais son entrée dans l’UE a rencontré une forte opposition de la part de la France.
Nicolas Sarkozy s'est exprimé sur la question dès sa prise de fonction comme président en 2007. Il a fait campagne pour sa réélection en 2011 en défendant l’argument selon lequel la Turquie «ne faisait pas partie de l'Europe». La position française a coïncidé avec une lassitude européenne générale, et une UE débordée.
En 2015, la Turquie a de nouveau tenté sa chance, utilisant cette fois comme moyen de pression son rôle de rempart contre la vague de migrants cherchant à atteindre l’Europe. En mars 2016, Ankara et l'UE ont signé un accord sur une base douteuse, selon lequel les autorités turques intercepteraient les migrants empruntant la route maritime vers la Grèce, et les rapatrieraient en Turquie.
En échange, l'UE a déclaré qu'elle réduirait les restrictions de visas pour les ressortissants turcs, verserait 6 milliards d'euros d'aide à la Turquie pour les migrants syriens présents sur son territoire, et relancerait les pourparlers d'adhésion bloqués. Cela avait poussé le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, à qualifier ce jour «d’historique» pour les relations UE-Turquie.
Mais cela a rapidement mal tourné. Au cours de la campagne acrimonieuse du référendum sur le Brexit au Royaume-Uni en 2016, le ministre du gouvernement de l’époque, Michael Gove, a tenté de persuader les Britanniques de voter en faveur de l’abandon de l’UE, en affirmant que la Turquie en serait membre à part entière à partir de 2020. Par la suite, une tentative de coup d'État en Turquie en juillet et la répression sécuritaire qui l'a suivi, ont offert à l'Europe l'excuse parfaite pour revenir sur l'accord. «Notre relation avec l'UE est pleine de déceptions et de promesses non tenues», m'a confié un ami turc.

