Au cours des derniers mois, l'Iran s'est rendu compte que les talibans allaient se montrer beaucoup plus fermes dans leurs futures relations bilatérales. Pour tout observateur, l'approche musclée de Kaboul semble cohérente compte tenu de son attitude vis-à-vis d’Islamabad. La perte de patience de Téhéran à l'égard des talibans reflète la surestimation de son influence.
Les affrontements armés qui ont récemment eu lieu le long de la frontière entre le Helmand et le Baloutchistan ont fait plusieurs victimes, avec au moins deux pertes confirmées de soldats du côté iranien et une du côté afghan. Des combats acharnés aux mitrailleuses automatiques, à l'artillerie et aux tirs de roquettes ont eu lieu, et l'Iran a même eu recours à des hélicoptères de combat ainsi qu’à des drones. Les talibans se sont emparés d'au moins un poste-frontière iranien avant de le libérer plus tard, sur ordre de hauts responsables.
Les médias d’Iran estiment que plus de cinquante Iraniens, militaires et civils, ont perdu la vie dans des affrontements sporadiques le long de la frontière afghane depuis 2020. Cette nouvelle bataille a conduit l'Iran à envoyer ses hauts commandants – le chef adjoint des forces de l'ordre iraniennes, le général de brigade Qasem Rezaei, et le chef des forces terrestres de l'armée iranienne, le général de brigade Kioumars Heydari – au Sistan-et-Baloutchistan, qui borde la province afghane de Nimroz. L'Iran a fermé le poste-frontière de Milak-Zaranj, qui n'est pas le lieu des affrontements et constitue une voie de communication essentielle pour le commerce entre les deux parties.
Bien que l'Iran ait affirmé que ses gardes-frontières avaient tiré sur des contrebandiers qui s’infiltraient du côté afghan – c’est là une source de tensions et d'affrontements depuis des décennies –, la réalité réside dans la quête permanente de Téhéran pour les ressources en eau. Ces dernières années, l'Afghanistan a construit des barrages sur la rivière Helmand. Le dernier d’entre eux, Kamal Khan, a été inauguré par le président Ashraf Ghani avant le retrait des troupes américaines, en 2021. Téhéran a fait part de ses préoccupations officielles au niveau diplomatique et par l'intermédiaire de ses porte-parole officiels. Ces inquiétudes ont été renforcées par la position ferme et la rhétorique enflammée de Kaboul. Lors de l'inauguration du barrage, en mars 2021, Ghani avait déclaré: «L'Afghanistan ne donnera plus d'eau gratuite à personne. L'Iran devrait donc fournir du carburant aux Afghans en échange d'eau.»
Conformément au traité de 1973 sur l'eau du Helmand, l'Afghanistan a accepté de fournir l'eau de ce fleuve à raison de 22 mètres cubes par seconde et par an, avec un supplément de quatre mètres cubes par seconde en guise de «bonne volonté et relations fraternelles». Lorsqu'il pénètre en Iran, le fleuve Helmand traverse les régions arides les plus dures du pays, au sud.
Le 18 mai, le président iranien, Ebrahim Raïssi, a déclaré lors de sa visite au Sistan-et-Baloutchistan: «Les dirigeants afghans ne doivent pas considérer notre demande comme anodine et la prendre très au sérieux.» Des contacts diplomatiques existent entre les deux voisins, mais Téhéran n'a pas encore reconnu officiellement le gouvernement taliban.
Du point de vue de Téhéran, les talibans ne sont plus ce qu'ils étaient depuis que ses huit diplomates ont été assassinés à Hérat avant le 11 septembre 2001. Grâce à des années de soutien matériel et financier ainsi qu'à l'octroi d'un refuge, les dirigeants talibans ont adopté une approche qui, à défaut d'être profondément amicale, est plus pragmatique à l'égard de l'Iran.

