Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, est en visite cette semaine au Moyen-Orient, pour y rencontrer, parmi d’autres personnes, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, et le président palestinien, Mahmoud Abbas. Selon un responsable du département d'État, la visite a pour but de «maintenir le cessez-le-feu et l'assistance aux personnes qui en ont besoin». Un objectif bien modeste pour une administration, dont le principal slogan de politique étrangère est «l'Amérique est de retour». Cette formule ambitieuse ne coïncide pas avec le comportement du président Joe Biden, en particulier en ce qui concerne le Moyen-Orient. Dans cette région, les États-Unis semblent faire profil bas, en attendant la fin des turbulences.
Cette tendance est visible dans le rapport Interim National Security Strategic Guidance, élaboré par la Maison Blanche, dans lequel le Moyen-Orient était à peine mentionné. Les lecteurs de ce document, publié en mars, ont eu l'impression que toute la région se limitait au dossier nucléaire iranien. Cette approche non interventionniste a débuté sous Barack Obama, a été poursuivie par Donald Trump, et persiste malheureusement avec Biden. Cette tendance va au-delà des préférences personnelles de chacun de ces présidents: elle reflète une fatigue générale face aux problèmes de la région, et un regain d’intérêt pour la Chine, ainsi que la mer de Chine méridionale.
La stratégie américaine repose aussi sur une fausse perception selon laquelle, si la question du nucléaire iranien est résolue, les autres problèmes du Moyen-Orient se résoudront facilement. Cependant, cette politique de l’autruche est susceptible d’accroître les turbulences, car les pays qui se sentent menacés par l’Iran prendront sur eux d’élaborer, et de mettre en œuvre des politiques pour contrer les agressions de Téhéran.
Les récentes attaques israéliennes contre Gaza démontrent que la politique de l’autruche ne fonctionne pas. Même si les États-Unis essaient de prendre de la distance avec les problèmes de la région, ces derniers les rattrapent inévitablement. Biden n'a pas fait de la question israélo-palestinienne une priorité, pensant qu'elle était trop compliquée pour être résolue. Pourtant, confrontée à l’actualité brûlante, l’administration américaine a été contrainte de prendre position. Elle s’est de facto retrouvée impliquée dans un conflit qu'elle cherchait à éviter. La gestion du conflit israélo-palestinien est assez problématique, car Washington est divisé sur la question. L'aile progressiste du Parti démocrate veut voir la fin de l'occupation et l’avènement d’une solution à deux États. L'aile traditionnelle, dont Biden est membre, soutient sans condition Israël.

