La boutade «une semaine, c'est long en politique» est généralement attribuée à l'ancien Premier ministre britannique, Harold Wilson. Dans la politique israélienne, une semaine peut sembler une éternité et celle qu’a récemment passée Benjamin Netanyahou a été interminable, sur le fil du rasoir, tenant tout un pays en haleine.
Selon la position dans laquelle l’on se trouve, on peut s'inquiéter sérieusement pour l'avenir d'Israël comme démocratie libérale, voire tout simplement comme démocratie. D'un autre côté, on peut faire preuve d’un optimisme prudent, car pour la première fois, les forces progressistes favorables à la démocratie, jusque-là silencieuses, ont abandonné leur position de neutralité largement répandue et, depuis plusieurs semaines, descendent dans la rue dans tout le pays pour faire entendre leur voix, en s’opposant à l'offensive du gouvernement Netanyahou contre l'indépendance du pouvoir judiciaire.
L'un des aspects les plus controversés de ce coup d'État judiciaire est la tentative éhontée et brutale de «sauver» le Premier ministre Benjamin Netanyahou de son procès pour corruption, escroquerie et abus de confiance, comme si ce dernier était orchestré par des forces étrangères qui l’avaient kidnappé et avaient fait de lui la victime d'un simulacre de procès n’ayant pas été exécuté selon la procédure légale ordinaire du pays.
À la veille de son voyage à Londres, pour un autre voyage à l’étranger vain et inutile, et une rencontre hâtive avec le Premier ministre britannique, Rishi Sunak – un voyage qui a surtout été l’occasion de profiter d'un autre week-end luxueux avec sa femme aux frais du contribuable israélien – Netanyahou, avec l'aide de ses alliés, a adopté une loi lui permettant de ne pas être déclaré inapte à de hautes fonctions. Comme des voleurs dans la nuit, aux petites heures du matin, 61 des 120 parlementaires de la Knesset ont voté en faveur d'une nouvelle loi qui porte clairement les empreintes digitales de Netanyahou et qui empêche le procureur général de le déclarer inapte à occuper le poste de Premier ministre.
Si quelqu'un avait encore besoin de preuves supplémentaires que Netanyahou, ainsi que plusieurs autres ministres, est inapte à occuper des fonctions publiques, et encore moins à diriger le pays, les dernières semaines ont fourni à ce sujet de nombreux éléments. L'idée même qu'un accusé dans un procès pour corruption dirige le pays est des plus troublantes. Aux yeux d’un grand nombre de personnes, cela le rend inapte à rester en poste pendant la durée de son procès, et il serait justifié de s'attendre à ce que, jusqu’au verdict du tribunal, Netanyahou soit suspendu de tout poste politique et de toute activité susceptible d'influencer l'issue de son procès. Au lieu de cela, ayant le vent en poupe grâce à sa coalition d'extrême droite et religieuse, il va de l’avant avec des mesures législatives qui visent à normaliser la corruption au cœur du gouvernement.

