Dans son récent livre intitulé « l’esprit du macronism » la philosophe française Myriam Revault d'Allonnes, ancienne élève et collaboratrice de Paul Ricoeur auquel le président Macron a été lié à la fin de sa vie, se pose la question cruciale du rapport du philosophe à la politique, et la capacité réelle d'appliquer dans le concret les concepts et idées philosophiques.
Certes le discours politique de Macron est truffé de notions philosophiques inspirées largement de Ricoeur et de la tradition des lumières européennes ; ce qui incite à cerner l'impact réel de ces concepts dans la conduite politique du président, de plus en plus orientée vers une ligne néolibérale et une conception managériale de la société.
Regis Debray se plaisait lors de l’élection de Macron à considérer la victoire du jeune président banquier et haut fonctionnaire de la finance comme la viictoire des valeurs du « néoprotestantisme américain mondialisé ». Cette version du protestantisme est substantiellement différente de celle du réformisme libéral et moderne qui a marqué la pensée de Ricoeur, qui se donnait comme une anthropologie de l'homme capable et responsable. Pour Ricoeur, la grande jonction humaniste et libertaire de la modernité doit être préservée des aléas d'une mondialisation marchande et destructrice des subjectivités agissantes et des autonomies socio-culturelles.
Le jugement de Revault d'Allonnes est sans appel : Macron a dévoyé les concepts clés de la pensée des lumières (notamment les notions d'autonomie, de responsabilité et de capacité) dans un sens néolibéral qui les appauvrit et les dénature. Cette vision néolibérale réduit la société à une « start-up nation », le citoyen en agent rationnel et calculateur, et l'état en grande machine-entreprise vouée à la rentabilité et au profit.

