Les trois sommets consécutifs du conseil de l'Europe, du G7 et de l'Otan, qui ont eu lieu récemment, annoncent des mutations et des changements géopolitiques qui sont en gestation depuis la guerre en Ukraine.
L'enjeu principal qui a émergé lors de ces assemblées était essentiellement le renforcement du système de sécurité atlantiste sur les fronts principaux de l'espace européen: la péninsule Scandinave et la rive atlantique ouest-africaine .
Si la candidature de la Finlande et la Suède à l'Otan était annoncée et qu’elle a été bien accueillie, le recentrage de l'Alliance atlantique vers l'Afrique du Nord et de l'Ouest a constitué une surprise pour les observateurs de la géopolitique régionale.
La tendance perceptible depuis quelques mois était le désengagement occidental des zones de tension au Sahel, illustré par le retrait militaire français du Mali, l'échec de la perspective d'intervention européenne dans cette zone connue sous le nom de «Takuba» et le repliement de la base américaine de lancement des drones à Agadez, au Niger.
Deux nouvelles dynamiques ont cependant conduit à infléchir cette tendance dans le sens d'un intérêt soudain pour l'Afrique du Nord et de l'Ouest: la présence militaire russe en voie d'accroissement dans la région (de la Libye au Mali) et les aléas de la crise énergétique mondiale, qui ont orienté l'attention sur les opportunités des marchés d'hydrocarbures ouest-africaines (du Nigeria au fleuve du Sénégal).
Rabat, la capitale du Maroc, a accueilli le 8 juin 2022 la 1re réunion interministérielle des États atlantiques africains (vingt et un pays), particulièrement suivie par les États-Unis et l'Union européenne. Ce bloc géologique de grande ampleur pèsera lourd sur les politiques continentales et consacre déjà la montée en puissance de l'aile africaine dans l'espace atlantique.
L'invitation de la Mauritanie au dernier sommet de l'Otan, qui s’est tenu à Madrid le 28 juin, et la présence du Sénégal au sommet du G7 qui avait lieu en Bavière illustrent cet intérêt manifeste pour l'Afrique occidentale atlantique, appelée à jouer un rôle de premier plan dans les stratégies de sécurité collective atlantiste.
Si le souci des États européens dans la région reste centré sur les dossiers de l'immigration illégale, du terrorisme et du crime organisé, les États-Unis accordent une importance cruciale aux enjeux stratégiques mondiaux, particulièrement aux défis issus de la présence chinoise et russe accrue en Afrique.
Si le rôle chinois en Afrique est essentiellement cantonné aux sphères économiques et commerciales (l'investissement dans les infrastructures portuaires et routières ainsi que dans les gisements miniers et pétroliers), la Russie nourrit une ambition claire pour ressusciter son influence traditionnelle en Afrique, surtout dans les zones qu'elle a conquises lors de la guerre froide.

