La semaine dernière, les États-Unis ont mené une frappe sur Al-Boukamal, en Syrie, au cours de laquelle dix-sept membres de milices soutenues par l'Iran ont été tués. Cela aurait pu constituer un coup tactique, mais cela pourrait aussi être l’aboutissement d'une stratégie globale.
Jusqu'à présent, la politique américaine envers l'Iran n’est pas claire. Les responsables – qu'il s'agisse du secrétaire d'État, Antony Blinken, du conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, de la secrétaire d'État adjointe, Wendy Sherman, ou de l'envoyé iranien du président Joe Biden, Robert Malley – sont favorables à un engagement avec l'Iran. Les analystes évaluent les indications et essaient de comprendre la politique globale qui se joue derrière les actions de l’administration Biden. Une politique iranienne saine serait une politique qui ferait que ce pays soit de nouveau en conformité avec l'accord sur le nucléaire, tout en disciplinant son activisme et celui des autres acteurs régionaux afin d’apporter la stabilité et de désamorcer les tensions.
On pourrait penser que le meilleur moyen consisterait à utiliser les sanctions comme levier et à relier la levée des sanctions au fait que l’Iran gère ses différends avec ses voisins. Cependant, la chose est difficile car l'Iran est très ferme dans la compartimentation de ses relations et ne mélange pas le dossier nucléaire avec les autres dossiers. L'Iran cherche à se conformer aux normes, arguant que d'autres questions peuvent être discutées à un stade ultérieur.
À cet égard, les États-Unis devraient emprunter une voie alternative. Le rapport d'International Crisis Group a évoqué une porte de sortie pour éviter une impasse sur la conformité. Il a suggéré qu'une tierce partie, l'Agence internationale de l'énergie atomique ou le comité du Plan d'action global conjoint (JCPOA), établisse un calendrier pour que les parties reviennent simultanément à l'accord. C'est une bonne idée. Cependant, cela ne suffit pas. Cela ne représente pas une politique globale.
S'il doit y avoir un chemin vers le retour à l'accord acceptable pour les deux parties, un plan est également nécessaire pour atténuer le comportement de l'Iran dans la région. Ce dernier dit que la question des mandataires sera discutée à un stade ultérieur, mais une politique ferme sur les mandataires préparera le terrain lorsque viendra le temps de discuter des milices pro-iraniennes. Ici, les États-Unis devraient montrer leur volonté d'utiliser le hard power (ou «manière forte»). Al-Boukamal devrait faire partie d'une stratégie cohérente et non d'une tactique pour répondre à l'attaque contre l'ambassade de Bagdad.
Aujourd'hui, les États-Unis peuvent se permettre de faire ce qu'ils ne pouvaient pas faire avant 2015. À l'époque, ils ne pouvaient être trop durs envers l'Iran, de peur de perturber le flux des négociations. Les États-Unis n'ont pas agi en Syrie en 2013 malgré le fait que le dictateur Bachar al-Assad ait franchi la ligne rouge, car ils ne voulaient pas jouer les trouble-fêtes avec les Iraniens. De même, en 2014, les États-Unis n'ont pas extradé un membre du Hezbollah arrêté en République tchèque et impliqué dans le trafic de drogue vers les États-Unis parce que l'administration Barack Obama tenait à sceller l'accord, dont l’objectif le plus important était d'empêcher l'Iran d’opter pour le nucléaire.
Toutefois, la situation est aujourd'hui différente. L’accord est scellé, et l'Iran ne veut pas le lier à d'autres problèmes. Si les États-Unis s’y conforment, l'Iran doit s'y conformer. L'Iran ne peut pas refuser cette conformité si l'une de ses milices est bombardée ou si l'un de ses alliés est visé par des sanctions plus paralysantes. Par conséquent, la levée des sanctions devrait s'accompagner d'une politique belliciste envers ses mandataires dans la région. Certains ont recommandé qu’un mécanisme surveille la façon dont les fonds débloqués sont dépensés pour s'assurer qu'ils ne sont pas acheminés vers les mandataires régionaux de l’Iran.

