Depuis plusieurs décennies, l’immense majorité des Iraniens espèrent changer l'establishment théocratique de l'intérieur – sans violence. Mais la situation actuelle, sur le plan social ou politique, sonne le glas de cette espérance.
Le fait de voter à l’élection présidentielle représentait l'une des méthodes qui permettait à de nombreux Iraniens de transformer le régime de manière pacifique, bien qu'ils fussent tout à fait conscients que de nombreux candidats se voyaient disqualifiés par le Conseil des gardiens. Des foules entières se rendaient malgré tout aux urnes afin de prévenir l'accession à la présidence du candidat favori du régime – qu’il s’agisse d’un partisan de la ligne dure ou d’une personne affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Ils espéraient par ailleurs voir un candidat pragmatique, modéré ou réformateur honorer ses promesses, apporter un changement radical et répondre aux doléances de la population.
C'est en 1989 que, pour la première fois, la population a tenté de changer le système. Elle a voté pour Akbar Hachemi Rafsandjani, qui prônait la privatisation et la primauté des intérêts économiques du pays plutôt que les principes révolutionnaires de la République islamique. Toutefois, au cours des huit années que dura sa présidence, Rafsandjani n'a fait que consolider la position des religieux au pouvoir, étouffer les groupes d'opposition et soutenir l'exportation de la révolution iranienne à l'étranger via ses institutions militaires.
1997 marque la victoire de Mohammed Khatami. Cette année-là, la participation électorale a été remarquable, s’élevant à un peu moins de 80%. Khatami a remporté près de 70% des voix. Il est parvenu à écarter les candidats de la ligne dure, dont le candidat du régime, Ali Akbar Nategh-Nouri. La victoire de Khatami a réjoui bien des gens, dans la mesure où il appelait à la démocratie, au dialogue entre les civilisations, à l'État de droit et au respect des droits de l'homme. Néanmoins, au terme de ses deux mandats présidentiels, aucun changement politique n'a été constaté. Bien au contraire, le Corps des gardiens de la révolution islamique, le groupe paramilitaire Basij et les forces de sécurité du régime ont tous durci leurs actions répressives.
Envers et contre tout, la population a refusé de baisser les bras. En 2009, elle a soutenu le réformateur Mir-Hossein Moussavi, qui affrontait Mahmoud Ahmadinejad. Si le taux de participation avoisinait les 84%, nombreux sont ceux qui estiment que cette élection a été truquée, car Ahmadinejad a remporté le scrutin avec 62% des voix. Cette élection a déclenché des manifestations contre le pouvoir en place à travers tout le pays, les premières du genre depuis la création de la République islamique.

