La Turquie organisera des élections le 14 mai et la Grèce le 21 du même mois. En fonction des résultats, ces deux dates pourraient marquer le début d’une nouvelle ère entre ces voisins et alliés au sein de l’Otan.
Le rôle de médiateur que les États-Unis avaient l’habitude de jouer dans les relations turco-grecques a désormais été repris par l’Allemagne. Le gouvernement dirigé par les socialistes d’Olaf Scholz tente activement d’aider à résoudre leurs désaccords. Les États-Unis, bien sûr, ont une plus grande influence dans toutes les affaires internationales, y compris dans les différends turco-grecs. Cependant, l’Allemagne a aussi l’avantage d’entretenir des relations de nature multiple avec la Turquie. Elle a servi de médiateur sur la question des réfugiés entre Ankara et Bruxelles. C’est le plus grand partenaire commercial de la Turquie parmi les pays de l’Union européenne (UE) et elle accueille également la plus grande communauté turque sur son territoire.
Les tensions entre la Turquie et la Grèce se sont relativement apaisées après les initiatives diplomatiques qui ont suivi la catastrophe de février dans le sud de la Turquie. On peut donc supposer que la tâche de l’Allemagne sera facilitée si la tendance actuelle se maintient. Les ministres turcs et grecs des Affaires étrangères et de la Défense ont fait des déclarations apaisantes au sujet des relations futures entre les deux pays.
Les relations entre la Turquie et la Grèce se caractérisaient par une impasse à partir de 1975 en raison du statut démilitarisé des îles de la mer Égée contrôlées par Athènes, y compris le contrôle de leur espace aérien, leurs zones de juridiction maritime ainsi que le statut des îles inhabitées et des formations géographiques. Les tensions ont augmenté en raison de considérations relatives à la politique intérieure.
Les États-Unis ont joué un rôle important dans l’adoption de la résolution 395 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exhortait les deux pays à éviter toute action unilatérale à la fois contre Chypre et dans la mer Égée. Dans le prolongement de cette résolution, la Turquie et la Grèce ont signé en 1976 à Berne, en Suisse, un accord au moyen duquel les deux pays s’engagent à ne prendre aucune mesure unilatérale en mer Égée. Malgré cela, la Grèce a commencé en 1987 des recherches sismiques au large de l’île de Thasos. Un autre conflit a éclaté en 1996 en raison des îles inhabitées d’Imia (Kardak), sans pour autant conduire à une confrontation sérieuse. Ces deux crises ont été contenues avec l’aide de la médiation américaine.
Les États-Unis ne devraient pas jouer un rôle similaire sous l’administration Biden. Les relations turco-américaines sont aujourd’hui nettement moins solides, ce qui s’explique en partie par la guerre d’Ukraine, puisque la Turquie a refusé d’imposer des sanctions à la Russie. Mais Washington ne veut pas contrarier Ankara et la rapprocher de la Russie à un moment où les relations transatlantiques doivent encore être consolidées. Il aura également besoin de la coopération d’Ankara pour garantir l’adhésion de la Suède à l’Otan.

