Alors que l'attention de l'Occident est focalisée sur les manifestations en Iran, il doit veiller à ne pas négliger la menace nucléaire du régime iranien.
Depuis plus d'un mois, le régime iranien est frappé par des manifestations dans tout le pays. La mort de Mahsa Amini, 22 ans, aux mains de la police des mœurs, a suscité un tollé mondial et une mobilisation nationale. Des rapports évoquent des manifestations qui ont eu lieu dans les trente et une provinces iraniennes, des scènes de femmes ôtant leur hijab et se coupant les cheveux en public, ainsi que de foules scandant «mort au dictateur». Cependant, alors que l'Occident cherche à évaluer au mieux la répression du régime, il est également important de ne pas négliger le défi nucléaire de Téhéran.
Le temps joue un rôle essentiel dans les négociations nucléaires. Il affecte les processus fondamentaux de la compréhension et de la motivation des négociateurs. Plus une partie à la négociation est contrainte par le temps, plus elle est susceptible d'être prête à faire des concessions pour parvenir à un accord. À titre d’exemple, en 2015, après huit années de sanctions économiques coordonnées entre les États-Unis, l'Union européenne (UE), la Chine et d'autres partenaires qui ont paralysé l'économie iranienne, sans aucune amélioration en vue et avec une série de concessions accordées aux dirigeants iraniens, la République islamique a finalement accepté le plan d'action global conjoint (PAGC), ou accord nucléaire.
En vertu de cet accord conclu avec les membres permanents du Conseil de sécurité des nations unies (Royaume-Uni, États-Unis, France, Chine et Russie) et l'Allemagne, et en échange de la levée des sanctions, les dirigeants iraniens ont accepté de ne pas développer d'uranium enrichi de qualité militaire pendant quinze ans et de réduire leur stock d'uranium.
Mais l'une des raisons essentielles pour lesquelles le régime a accepté l'accord était la pression financière à laquelle il était soumis. Comme l'a déclaré l'ancien haut diplomate américain William J. Burns: «La pression des sanctions s'accentuait et nous voulions que le gouvernement iranien ait mal.»
Grâce à des années de sanctions coordonnées, ciblées et soigneusement conçues, qui ont coupé le régime iranien du système financier international et ont même pénalisé les pays tiers s'ils ne réduisaient pas leurs achats de pétrole iranien, l'économie intérieure de l'Iran s'est considérablement contractée. Ces restrictions étaient si bien conçues que les exportations de pétrole iranien sont passées à près de 2,6 millions de barils par jour en 2011 à moins de la moitié en 2014.
Toutefois, le régime iranien a très probablement le sentiment d'être désormais dans une position bien plus forte, tant sur le plan économique que militaire, qu'en 2014. Cela se voit dans la façon dont le régime ne cesse d’augmenter ses exigences afin de relancer l'accord nucléaire.
L'establishment théocratique de l'Iran croit qu'il peut continuer à gagner du temps et à faire avancer son programme nucléaire, tandis que les États-Unis et surtout l'UE se retrouvent à lutter contre la montre.
L'une des raisons pour lesquelles les sanctions actuelles contre le régime iranien ne sont pas aussi efficaces qu'en 2014 est qu'elles ne sont pas imposées par le Conseil de sécurité de l'Organisation des nations unies (ONU). Lorsque les États-Unis se sont retirés unilatéralement du PAGC en 2018 sous l'ancienne administration américaine, la Maison-Blanche a tenté de rétablir des sanctions plurilatérales contre l'Iran. Mais cette tentative a échoué. Les États-Unis ont donc réimposé des sanctions de manière unilatérale depuis 2020.

