Depuis quelques années, des milliards de musulmans et de chrétiens profitent de fêtes religieuses qui tombent à peu près à la même période de l'année. La fin de Pâques a coïncidé avec le début du ramadan, et cela ne devrait pas du tout nous surprendre puisque les deux grandes religions sont issues de la même région historique et partagent une histoire et une culture abrahamiques communes. Cependant, un rapide coup d'œil sur les réseaux sociaux révèle que peu de musulmans et de chrétiens réalisent qu'ils célèbrent leurs jours saints en même temps. Il est regrettable qu'au lieu de se centrer sur les points communs, la relation entre chrétiens et musulmans ait souvent été régie par la méfiance et l'incompréhension.
Alors que les festivités du mois de ramadan arrivent à mi-parcours, nous nous interrogeons sur la pertinence d’une nouvelle ère de coexistence pacifique et de compréhension entre toutes les communautés de foi abrahamique. Si la réponse est «oui», la voie à suivre devrait commencer par une meilleure appréciation de notre histoire et de notre culture abrahamiques communes. Nos histoires sont imbriquées, et à des moments cruciaux, nous sommes redevables les uns des autres de notre existence en tant que groupes confessionnels jusqu’à ce jour.
De nombreux récits dans l'histoire musulmane rappellent les contributions des chrétiens au cours de plusieurs périodes consécutives. Alors qu'il était encore un petit garçon accompagnant son oncle marchand dans le sud de la Syrie, le prophète Mahomet a rencontré un moine chrétien charismatique qui est aujourd'hui connu des musulmans sous le nom de Bahira. Cette rencontre lui a sans doute inspiré un respect pour la foi chrétienne qui s’est approfondi quelques décennies plus tard, lorsque les premiers disciples du Prophète ont été confrontés à de terribles persécutions dans la péninsule Arabique. C’est un roi chrétien d’Éthiopie qui a offert un abri aux musulmans dont il ne partageait pas la foi mais dont il reconnaissait et chérissait l’humanité commune.
Ce sont là quelques-unes des raisons pour lesquelles le Coran fait souvent référence aux chrétiens avec une profonde déférence et qualifie la Bible de sainte. Les catholiques, par exemple, constateront que tout le 19e chapitre du Coran est consacré à Marie, mère de Jésus. Elle y est mentionnée comme étant «au-dessus de toutes les femmes de toutes les nations du monde». Pendant des siècles, les artistes et poètes musulmans ont été impressionnés par la piété et le dévouement de Marie et ont exprimé leur admiration dans les arts visuels, les peintures, les odes et les dessins miniatures. Des sections entières du Coran chantent les louanges des prophètes hébreux Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Hénoch, Adam et Noé.

