Les nouvelles guerres mondialisées

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Les nouvelles guerres mondialisées

Les nouvelles guerres mondialisées
  • Nous vivons ces jours-ci les horreurs et fureurs des guerres qui ont dévasté l'Europe des XIXe et XXe siècles
  • La célèbre formule de l’écrivain français Paul Valéry, «Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles», nous interpelle désormais plus que jamais

La guerre qui s'est déclenchée en Ukraine au mois de février est en train de s'enliser, faisant tache d'huile dans une Europe en pleine amertume.
La question de la guerre, occultée dans la pensée occidentale, resurgit désormais après une longue période d'accalmie.
Nous vivons en effet ces jours-ci les horreurs et fureurs des guerres qui ont dévasté l'Europe des XIXe et XXe siècles.


La lecture du célèbre roman de l'écrivain russe Léon Tolstoï, Guerre et Paix, nous replonge dans cet environnement morose et ahurissant.
Depuis que la guerre constitue une menace de destruction massive et même totale de l'humanité, après les deux Guerres mondiales du XXe siècle, l'ordre mondial s'est attaché à la bannir de l'horizon politique comme modalité légale de compétition et d'affrontement.


La conception hobbesienne de la politique comme pacification assurée par l'autorité souveraine de l'État monopolisant la violence légitime a prévalu dans le système de gouvernance mondiale. C'est ainsi que l'approche juridique des relations internationales a remplacé graduellement la compétition de force et d'intérêt qui a été la caractéristique ultime des rapports entre les États et nations.


Certes, la pensée européenne des lumières a entretenu dès le XVIIIe siècle l'utopie de «la paix perpétuelle», élaborée par l'abbé de Saint-Pierre et développée par Kant, mais cette propension moraliste a été critiquée par d’éminents philosophes tels que Leibniz, Rousseau et Voltaire, qui la considéraient comme chimérique et irréaliste.
Toutefois, l'idéal de la paix perpétuelle a survécu aux pires atrocités des guerres européennes du siècle dernier.


La conjoncture de la guerre froide, quoique régulée par l'équilibre de terreur qui a limité le champ de l'affrontement armé entre les puissances mondiales, a engendré un ordre normatif consensuel qui prohibe la guerre offensive et circonscrit l'usage de la force à l'autodéfense légitime en cas d'agression extérieure. Des dispositions spécifiques consensuelles ont été arrêtées pour préserver la paix mondiale lors des cas exceptionnels qui exigent l'emploi des moyens coercitifs contre des États belliqueux (article 7 de la charte des Nations unies).


Les guerres de libération du Koweït (1991) et de la Bosnie-Herzégovine (1992) reflétaient la large cohésion internationale sur les dossiers brûlants mondiaux.
Cependant, les interventions armées successives des puissances occidentales ont conduit à raviver le vieux concept théologique de «guerre juste», qui supplante la légalité juridique institutionnelle par les impératifs moraux et humanitaires absolutistes. La guerre de l'Irak en 2003 a été la consécration notoire de cette régression aux schèmes théologiques de la guerre juste.