Au cours de leur première année au pouvoir, les talibans ont provoqué l'un des déclins les plus rapides dans l’histoire des nations. Non seulement 90 % environ des Afghans ont été conduits au bord de la famine, mais les femmes, qui représentent la moitié de la population, ont également été entièrement privées de son avenir, notamment de toute perspective d'études supérieures ou d'emplois.
La mortalité infantile est en forte hausse, tandis que l'économie est en chute libre. Les pays voisins signalent une augmentation de la contrebande d'opium, ainsi que des tentatives systématiques pour exporter l'extrémisme et l'instabilité.
Une grande part de responsabilité revient aux administrations américaines successives pour avoir créé les conditions dans lesquelles ce grand bond en arrière est devenu inévitable. Dans le fameux accord de l'administration Trump avec les talibans, il était évident que ces militants étaient des menteurs chevronnés qui ne lèveraient pas le petit doigt pour respecter leurs promesses. Ne voulant pas maintenir deux ou trois milliers de soldats pour soutenir le gouvernement démocratiquement élu, le successeur de Trump, Joe Biden, a mis un terme à cette présence, paralysant de ce fait la capacité du système à se défendre.
Les talibans ont à peine occupé le pouvoir qu'ils ont installé le chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, dans l'un des quartiers les plus prisés de Kaboul, sous la protection du clan Haqqani – personnifié par le ministre de l'Intérieur Sirajouddin Haqqani, l'un des hommes les plus recherchés par le FBI.
À une époque où de nombreux pays musulmans font des progrès rapides en matière d'autonomisation des femmes (comme en témoigne la croissance de 65 % de l'emploi des femmes en Arabie saoudite en seulement deux ans), les Afghanes font face à une campagne visant à les rayer de la vie publique. Des vidéos circulent, montrant des femmes manifestant contre la perte de tous leurs droits, avant d'être repoussées par des soldats talibans avec brutalité. Des militantes sont emprisonnées tenues et torturées. Les femmes déclarent être régulièrement battues quand elles se rendent au marché, parfois parce qu'elles portent des vêtements «inappropriés», et parfois simplement parce qu'elles sourient ou parlent à haute voix. De nombreuses personnalités, présumées hostiles au nouveau régime, ont tout simplement disparu.
Le signe le plus dur et le plus frappant du retour des talibans est probablement leur volte-face sur leur promesse d'autoriser l'éducation des filles au niveau secondaire. Du jour au lendemain, des milliers de filles désemparées se sont retrouvées à la porte des écoles, qui leur a littéralement été claquée au visage. Certaines d’entre elles ont volontairement échoué à leurs examens en primaire pour poursuivre leur scolarité une année de plus. Des enseignants ont risqué leur vie pour mettre en place des réseaux d'écoles secrètes, ainsi que des salles dans les sous-sols où les filles peuvent se cacher lors de la visite des talibans.
Des femmes possédant un haut niveau d’instruction occupant des postes de responsabilité au sein du gouvernement ont été congédiées de façon sommaire. Dans des secteurs tels que la santé féminine et l'enseignement primaire, où les employées sont essentielles, l'interdiction de l'éducation rend inévitable l'effondrement de ces secteurs dans un avenir proche, d'autant plus que toutes celles qui le peuvent sont déterminées à fuir. Sportives, musiciennes, artistes, écrivaines, intellectuelles, l'Afghanistan a perdu tout d’un coup toute une génération de personnes talentueuses. La campagne admirable de la baronne Kennedy a permis d’aider des dizaines de femmes juges afghanes, de même que d'autres professions, à se réinstaller à l'étranger.

