PARIS : La situation géographique très particulière de la Turquie explique pour une large part les difficultés de ses dirigeants et les paradoxes de son histoire plutôt agitée. Passerelle incertaine d’elle-même entre l’Orient et l’Occident, elle a tenté sa chance tantôt vers l’Asie où sont ses racines, tantôt vers l’Europe vers laquelle vont ses aspirations.
Parce qu’elle contrôle le Bosphore, elle a souvent été en conflit avec son puissant voisin russe. Enfin, elle garde la nostalgie inconsolable de cinq siècles de domination du pourtour méditerranéen. Tels sont les paradoxes d’un pays que la géographie a placé à l’un des plus importants carrefours de la planète, mais qui a presque toujours cherché à sortir de cet espace pourtant privilégié. Souvent à ses dépens.
Le président Erdogan est l’expression même des ambiguïtés turques, dont le moins qu’on puisse dire, est qu’il les gère mal. Les choix qu’il fait laissent perplexe. En voici quelques exemples. Quel bénéfice la Turquie a-t-elle tiré d’aller acheter des batteries de missiles à Moscou, alors que sa sécurité dépend depuis 1945 du soutien américain et de sa participation à l’Otan? Quel est l’intérêt pour la Turquie d’entretenir sur le territoire syrien dans la région d’Idlib des milices djihadistes qui lui valent le mécontentement de la quasi-totalité du monde arabe? Et enfin, à quoi lui sert-il de mener une politique répressive contre les Kurdes aussi bien à l’intérieur de son territoire que dans les provinces du nord de la Syrie et de l’Irak, alors que des solutions négociées sont à la portée de sa main?

