Rasmus Paludan, un homme politique suédois qui n'a pas réussi à réunir suffisamment de signatures pour se présenter aux élections législatives de septembre, a acquis une certaine notoriété en se rendant dans des quartiers musulmans pendant le ramadan pour brûler des exemplaires du Coran.
Un comportement aussi méprisable a évidemment suscité une réaction violente. Un politicien qui tente de se faire un nom est une chose, mais la question plus profonde que nous devrions nous poser est de savoir où l'extrême droite entend mener l'Europe.
La liberté d'expression est sacrée pour les Européens, mais cette liberté a été détournée au service d’une polarisation et d’un discours de haine. La police de Malmo, la troisième plus grande ville de Suède, a engagé des poursuites contre Paludan pour incitation à la haine.
L'extrême droite se nourrit du fondamentalisme islamique pour exacerber la peur de «l'autre» – qui vient d'Afrique ou du Moyen-Orient et qui a une apparence différente, des habitudes différentes et une foi différente. Elle présente «l'autre» comme une menace pour la culture européenne. Les partisans de l’extrême droite disent que l'islam est incompatible avec le mode de vie européen et que les immigrés musulmans changeront le visage de leur pays, détruiront leur identité et imposeront une culture étrangère. Faire miroiter une menace est un excellent outil pour rassembler les gens, et l'extrême droite en joue astucieusement.
Cependant, ce n’est pas par charité que l'Europe a ouvert ses portes aux migrants, mais bien par nécessité. Sa population est vieillissante et l'Europe a besoin d'une main-d'œuvre jeune. Ceux qui considèrent ces nouveaux arrivants comme des intrus semblent oublier la valeur économique de l'immigration.
Il n’en demeure qu’aujourd’hui, l'immigration devient problématique parce que les immigrés commencent à s'organiser; ils veulent s'intégrer et non s'assimiler, et ils ne sont plus aussi invisibles que l'extrême droite le souhaite. L'argument avancé par des politiciens tels qu’Éric Zemmour, partisan de la ligne dure en France, est que les immigrés doivent se transformer en Européens et oublier leurs origines: «À Rome, faites comme les Romains». Zemmour a totalement adopté le prétendu mode de vie «français» en rejetant ses propres origines de fils d'immigrés algériens, et il pense que tous les migrants doivent faire de même pour être acceptés. Mais dans les démocraties libérales, il est inconcevable d’imposer un «mode de vie». L'extrême droite n'a pas encore commis les excès d'Adolf Hitler, mais elle pose les fondements d'une nouvelle vague de pensée fasciste. Où cela mènera-t-il?

