Toute violence est terrible et doit être condamnée, qu'elle vienne d'un musulman, d'un chrétien palestinien ou d'un juif israélien.
Pourtant, ce n'est pas du tout le cas. De fait, la violence des Israéliens est souvent occultée, tandis que celle des Palestiniens est assimilée à des «actes terroristes».
Dimanche dernier, un homme armé palestinien a abattu un Israélien et en a blessé quatre autres à l'entrée du dôme du Rocher, à Jérusalem-Est. L'agresseur, Fadi Abu Shkhaidem, 42 ans, qui enseigne dans un lycée voisin, a immédiatement été accusé d’être un terroriste ainsi qu’un membre du Hamas.
Même si le doute persiste sur l’affiliation du suspect au Hamas, la fusillade a été qualifiée d'«acte terroriste» par presque tout le monde, notamment par le gouvernement et les médias américains, ainsi que par les militants pro-israéliens.
Le département d'État américain a publié lundi le bref communiqué suivant, lu par son porte-parole, Ned Price: « Nous condamnons fermement l'attaque terroriste menée aujourd'hui par un homme armé du Hamas dans la Vieille Ville de Jérusalem, qui a fait une victime et des blessés. Nous présentons nos condoléances aux victimes et à leurs familles.»
J'ai effectué une rapide recherche sur le site Internet du département d'État américain avec le mot «terroriste» pour voir combien de fois les États-Unis, sous la présidence de Joe Biden ou de Donald Trump, avaient dénoncé la violence exercée par Israël contre les Palestiniens comme de la «terreur». Bien sûr, je n'ai pu trouver un seul exemple.
J'ai également fait une recherche sur Google News afin de savoir combien de médias avaient utilisé le terme «terroristes» pour décrire des Israéliens qui ont attaqué et tué un Palestinien et, là encore, rien. Certes, il existe de nombreux rapports sur des colons israéliens qui attaquent violemment des agriculteurs palestiniens, principalement rapportés par des organisations de défense des droits humains telles que l’ONG B'Tselem; mais peu d'incidents qui impliquent la violence des colons israéliens contre les Palestiniens sont rapportés par les médias israéliens ou américains traditionnels.
Bien sûr, chaque fois que le département d'État condamne un acte de violence israélien, il est toujours formulé dans un contexte plus large de dénonciation de la violence «de toutes parts».
B'Tselem, l'un d'une demi-douzaine de groupes de défense des droits humains qu'Israël essaie de réduire au silence et de fermer, a déclaré en 2017: « La violence des colons [et, parfois, d'autres civils israéliens envers les Palestiniens fait depuis longtemps partie des activités quotidiennes en Cisjordanie. Ces actions vont du blocage de routes, de jets de pierres sur des voitures et des maisons, de raids sur des villages et des terres agricoles, d'incendie de champs et d'oliveraies et de dégradation de récoltes et de biens à des agressions physiques – parfois au point de lancer des cocktails Molotov ou d’utiliser des balles réelles. Au fil des années, cette violence généralisée envers les Palestiniens a fait des blessés et a porté préjudice aux biens et aux terres.»
Le fait est que la violence entre Israël et les Palestiniens est définie par la politique. Si le fait de dénoncer les Palestiniens qui attaquent ou tuent des Juifs israéliens constitue une «bonne politique», ce n’est pas le cas lorsqu’on signale que des Israéliens attaquent ou tuent des Palestiniens.
Des colons israéliens armés, avec la protection des Forces de défense israéliennes, attaquent fréquemment des agriculteurs palestiniens et leurs familles. Toutefois, ces incidents, pour la plupart d’entre eux, ne sont pas signalés; ils ne sont pratiquement jamais condamnés par le gouvernement américain. De même, les rapports sur la violence des colons sont rares dans les principaux médias américains et, si quelques incidents sont mentionnés, leur importance est minimisée.
Lorsque les assaillants sont palestiniens, dans presque tous les cas, les suspects sont abattus par des soldats de Tsahal ou la police israélienne, comme ce fut le cas avec Abu Shkhaidem dimanche dernier. Mais, lorsque les attaquants sont israéliens, aucun n'est jamais qualifié de «terroriste». Pire encore, plus de 85% des Israéliens accusés dans les attaques signalées ne sont jamais inculpés ni traduits en justice, selon B'Tselem.

