L'Irak est sur le point de basculer dans l'anarchie, alors que l'emprise de Téhéran s'affaiblit

L'Irak est sur le point de basculer dans l'anarchie, alors que l'emprise de Téhéran s'affaiblit
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L'Irak est sur le point de basculer dans l'anarchie, alors que l'emprise de Téhéran s'affaiblit

L'Irak est sur le point de basculer dans l'anarchie, alors que l'emprise de Téhéran s'affaiblit
  • La perspective d'un nouveau conflit interne entre chiites effraie les Irakiens, car elle risque de plonger le pays dans une guerre généralisée
  • Aujourd'hui, les manifestants pro-Sadr sont résolus à rester à l'intérieur du Parlement qu’ils ont investi

La perspective d'un nouveau conflit interne entre chiites effraie les Irakiens, car elle risque de plonger le pays dans une guerre généralisée. Les deux camps disposent de centaines de milliers de partisans et de combattants, et aucun ne semble prêt à renoncer au combat. «Les flammes de la dissension ne nous épargneront pas», a prévenu le Premier ministre du pays, Moustafa Al-Kazimi. 

Dans le premier camp figure la corruption incarnée par l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki et le groupe Hachd al-Chaabi, composé d'alliés paramilitaires appuyés par l'Iran. Cette alliance a essuyé une défaite cuisante lors des élections l'année dernière. Elle cherche néanmoins à entraver le processus politique et à imposer ses choix: elle s'appuie sur la force paramilitaire et sur l'influence iranienne pour tenter de contrôler et d'exploiter l'Irak à perpétuité. 

Dans le camp opposé se trouve le religieux Moqtada al-Sadr qui s'est montré, encore une fois, capable de mobiliser des millions de partisans. Al-Sadr est une figure problématique: il a initié l'anarchie paramilitaire sectaire de l'après-2003 par le biais de son Armée du Mahdi. Cette dernière a accepté avec peu de réserves le soutien de l'Iran et elle a donné naissance à un grand nombre de factions particulièrement malveillantes appartenant au Hachd. En effet, c'est Nouri al-Maliki qui a écrasé l'Armée du Mahdi en 2008 lors d'une bataille sanglante. 

Al-Sadr a rétabli son statut de nationaliste irakien qui fait barrage à l'ingérence de l'Iran. C'est ainsi que les groupes paramilitaires financés par Téhéran sont devenus d'âpres rivaux des partisans d’Al-Sadr. Le bilan est terrible: une série d'assassinats et d'affrontements sanglants. 

Aujourd'hui, les manifestants pro-Sadr sont résolus à rester à l'intérieur du Parlement qu’ils ont investi. Cette situation ne peut qu'attiser la confrontation. Des partisans du Cadre de coordination (groupe favorable à l'Iran) ont exhorté leurs partisans à affluer dans les rues pour riposter aux manifestations – un tel scénario risquait de déclencher un bain de sang, voire un conflit généralisé. 

Le Cadre de coordination a retiré cet appel par la suite. Toutefois, les partisans de la ligne dure affiliés à Nouri al-Maliki semblent enclins à recourir à la force et déterminés à nommer un Premier ministre qui appartienne à leur courant idéologique. Le discours de la force est le seul langage que comprennent les militants du Hachd : ils ont assassiné quelque six cents manifestants lors des émeutes de 2019, et beaucoup craignent que ce groupe cherche à enrayer le soulèvement sadriste par la violence. La photo insolite sur laquelle on voit Al-Maliki en train de brandir une mitraillette montre sans ambiguïté qu'il se montre impatient de faire usage de la force. 

Le Cadre de coordination court un grand risque s'il autorise les pro-Sadr à regagner du terrain. Le retrait d’Al-Sadr du Parlement a en effet offert au Cadre de coordination un avantage inespéré: il a donné à ce dernier la possibilité de choisir librement les membres du nouveau gouvernement. 

S'ils autorisent Al-Sadr à imposer la tenue de nouvelles élections, ils seront condamnés à disparaître de la scène politique compte tenu du peu de popularité dont ils jouissent actuellement auprès des électeurs chiites. Ils ne pourront plus préserver la part généreuse du budget de l'État, qui finance les salaires de leurs forces paramilitaires. 

Parmi les protagonistes figure un homme qui ne vient pas d'Irak: Ismael Qaani, le commandant de la force iranienne Qods, une institution désignée comme terroriste étrangère. Il a tenu une série de réunions à Bagdad dans le but de renforcer la position des forces paramilitaires affiliées à l'Iran au sein du Cadre de coordination. Les affrontements qui ont eu lieu dernièrement ont fait des dizaines de blessés parmi les Irakiens. Cependant, Téhéran ne se soucie guère du nombre d’individus – chiites ou sunnites – qui seront tués pour satisfaire ses ambitions. Il se moque également des innombrables victimes qui ont été sacrifiées au nom de la suprématie de l'Iran au Yémen, en Syrie et au Liban.