Les volées de la roquette lancées par les acolytes de l’Iran et qui ciblent le personnel militaire américain en Irak trahissent l’hypocrisie de Téhéran, qui revendique sans cesse une ouverture au réengagement dans les négociations nucléaires mais continue d’inciter ses milices armées à intensifier les tensions américano-iraniennes, dans le but de conclure un «accord» politiquement indéfendable pour la maison Blanche.
Heureusement, le président Biden a été parfaitement à la hauteur du défi, ordonnant des frappes de représailles contre les mandataires iraniens en Syrie. Ceci est une indication que si Washington veut ouvrir un dialogue au sujet des ambitions nucléaires de l'Iran et, espérons-le, arrêter son aventurisme régional et ses programmes de missiles balistiques, il est quand même capable de réagir d’une façon sévère à toute acte agressif de la part de Téhéran.
Il est peu probable que les attaques de février et mars soient les dernières d’ici juin, date à laquelle les Iraniens doivent se rendent aux urnes dans le but d’élire le successeur de Hassan Rohani à la présidence. Après tout, il serait illusoire de s’attendre à véritable progrès alors qu’un changement de gouvernement se profile à l’horizon, même si le président sortant, et qui ne peut briguer un troisième mandat, tente de protéger ce qui sera probablement un héritage politique déchiré. Pire encore, même si les pourparlers reprennent, ne serait-ce que pour jeter les bases de la promesse de toute une série de négociations prolongées, aucun progrès ne survivrait probablement à la prochaine présidence, qui compte déjà une liste d'anciens gardiens de la révolution et des services de renseignement iraniens tels qu'Ezzatollah Zarghami, Mohammad -Javad Azari Jahromi et Hossein Dehghan en lice pour le statut de favori.
Néanmoins, les progrès vers un dialogue ne seront pas mis en péril par de nouveaux échanges de tirs car, malgré toute sa flexion et sa projection, Téhéran fait face à une réalité incontournable - les pourparlers avec Washington ne peuvent en aucun cas être évités.
Les attaques contre Irbil et la base aérienne d'Al-Asad reviennent à «évaluer les réflexes» de l'autre camp, qui ne font que pousser encore et encore la nouvelle administration de la Maison Blanche à déterminer les limites de sa tolérance et, éventuellement, inciter Washington à mettre davantage son influence pour faire pression pour plus de concessions. Téhéran sait que sa présence éventuelle de l'autre côté de la table à partir du groupe des six grandes puissances P5 + 1 est inévitable, et le fait de ne pas être en mesure de maîtriser ses milices en Irak est une tentative d'être aux commandes de ces négociations.
Même si Téhéran s'est ancré en Syrie, au Liban, en Irak et au Yémen pour mener son programme de déstabilisation régional, tout en se rapprochant de plus en plus d'une arme nucléaire, résister au dialogue avec la communauté internationale reste injustifiable même au niveau national. La plupart des Iraniens ne souhaitent pas revenir au genre de populisme véhiculé dans le temps par Ahmadinejad, ni à un conflit généralisé dans la région. Ils sont conscients que ceci ne ferait qu’accroître l’isolement et les problèmes économiques en mettant en péril l’allégement des sanctions dont ils ont désespérément besoin.
Téhéran a reconnu qu'en dépit d'un manque de surveillance et d'application, les sanctions sont toujours une arme puissante qui fait cause des ravages dans la dynamique interne de l'Iran. Cet allégement exigé avec passion, avant même les potentiels pourparlers, dénote le désespoir d’un État qui craint le retour des manifestations paralysantes dans le contexte d’une économie de funambule. Il serait difficile de dépenser des capitaux précieux, politiques ou autres, à la recherche de gains d'une posture régionale agressive, qui ne fera que susciter des réactions beaucoup plus punitives, voire fatales, de la part des États-Unis plus engagés au niveau multilatéral.

