L’offensive de charme turque a pour but de garantir la sécurité énergétique

L’offensive de charme turque a pour but de garantir la sécurité énergétique
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L’offensive de charme turque a pour but de garantir la sécurité énergétique

L’offensive de charme turque a pour but de garantir la sécurité énergétique
  • Depuis la fin de l’année 2020, la Turquie a tendu la main à Riyad, au Caire et à Abu Dhabi dans le but d’apaiser les relations tendues
  • Ankara cherche à valoriser son rôle en tant que rempart oriental au sein de l’Otan, mettant plus récemment à la disposition de l’Ukraine ses drones Bayraktar TB2

La Turquie est dotée de sources d’énergie locales, mais il s’agit principalement de charbon sale et peu efficace. Ce combustible, qui représente 35 % de la production d’énergie du pays, est important pour la production d’électricité. Cependant, si la Turquie espère atteindre les objectifs de l’Union européenne (UE) en matière d’émissions pour 2050, elle devra regarder au-delà de ses sources incontournables. Il est également plus urgent pour la Turquie de rechercher la sécurité énergétique après que sa monnaie a perdu plus de 40 % de sa valeur par rapport au dollar américain l’année dernière et que la hausse des prix à la consommation a dépassé 48 % le mois dernier. Le pays lutte pour éviter une crise économique majeure. Face aux graves inquiétudes économiques, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a décidé de renouer avec ses anciens adversaires, tout en cherchant simultanément à placer la Turquie au centre des délibérations énergétiques eurasiatiques.

Au cours de la dernière décennie, ce n’était pas le grand amour entre la Turquie et les Émirats arabes unis (EAU) en raison des tensions géopolitiques. Cependant, Ankara, en proie à une inflation galopante et à une dévaluation de sa monnaie, tente de mettre fin à la guerre froide qui les oppose. Depuis la fin de l’année 2020, la Turquie a tendu la main à Riyad, au Caire et à Abu Dhabi dans le but d’apaiser les relations tendues. En novembre dernier, lors de leur première visite officielle en Turquie après une décennie, les EAU ont annoncé un fonds de dix milliards de dollars (1 dollar = 0,88 euro). Outre l’industrie de la défense, il constituera un soutien considérable au secteur de l’énergie. Ce fonds s’ajoute à un accord entre l’Abu Dhabi Development Holding, connu sous le nom d’«ADQ», et le groupe turc Kalyon, qui se concentre sur les infrastructures énergétiques, ainsi qu’à un autre accord de coopération stratégique entre l’ADQ et le Bureau des investissements de la présidence turque concernant «l’investissement et la coopération dans les domaines de la pétrochimie et des projets existants et nouveaux pour les énergies renouvelables jusqu’à 3 GW.»

Fatih Aydin, associé chez Blue River Capital, souligne l’importance de tels investissements. «Tisser des amitiés permettra à l’économie de bénéficier des investissements directs étrangers et de l’“argent rapide” qui entre dans le pays. Investie en dollars, cette devise étrangère indispensable contribuera dans une certaine mesure à renforcer la monnaie du pays par rapport au dollar et elle aura un effet domino sur la confiance et la prévisibilité des investisseurs internationaux. Les conséquences à moyen terme auront une incidence majeure sur l’inflation, atténuant la pression sur les prix à la consommation», déclare-t-il.

Bien qu’Ankara et Abu Dhabi aient trouvé l’administration Biden peu enthousiaste à leur égard (ce qui explique mieux la conjonction d’intérêts actuelle), la Turquie, elle, a été active ailleurs. Même si le président Erdogan entretient des relations commerciales solides avec Israël, il a sévèrement critiqué ses homologues israéliens sur la question palestinienne et la relation a parfois été tendue. Cependant, le président turc s’apprête à accueillir le président israélien le mois prochain et ce rapprochement imminent soulève des questions. Les préoccupations énergétiques sont à l’origine de cette dynamique – la Turquie étant actuellement dépendante des importations en provenance de la Russie et de l’Iran et ayant besoin de diversifier ses sources.

La découverte, ces dernières années, de réserves de gaz naturel considérables en Méditerranée orientale a exacerbé les tensions géopolitiques entre la Turquie et ses voisins. Préoccupée par la coopération en Méditerranée orientale sur l’exploitation gazière et les exportations futures qui ne l’incluent pas, la Turquie veut conclure un accord avec Israël sur les importations de gaz à la fois pour l’usage domestique et l’exportation ultérieure vers l’Europe. Après le retrait des États-Unis le mois dernier du gazoduc EastMed, coûteux et irréalisable, qui prévoyait de transporter du gaz d’Israël et de Chypre vers l’Europe par l’intermédiaire de la Grèce, la Turquie a désormais l’occasion d’améliorer son statut de centre énergétique en recherchant un gazoduc d’Israël à la Turquie via Chypre. L'actuel rapprochement avec Israël ne dépend pas de défis monétaires ou du fait que la Turquie se sente dominée par les accords d’Abraham, mais Ankara cherche plutôt à écarter le partenariat stratégique croissant entre Israël, la Grèce, Chypre et l’Égypte, qui menace de la contourner.