La Méditerranée orientale, longtemps une zone d’émulation et de conflit, assiste aux premiers signes de convivialité entre les principaux États de la région.
En août de l’année dernière, la Turquie et Israël ont annoncé qu’ils échangeraient des ambassadeurs après une interruption de quatre ans. En février, Israël a fait preuve d’une présence notable dans les opérations de secours en Turquie à la suite du tremblement de terre. Par ailleurs, le Premier ministre Benjamin Netanyahou devrait prochainement se rendre à Ankara.
La Turquie et l'Égypte, en froid depuis 2013, ont rétabli leurs relations diplomatiques en juillet de cette année. Les contacts avaient commencé en 2021, cette évolution positive s’étant concrétisée fin 2022, lorsque le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a serré la main du président Abdel Fattah al-Sissi lors de la Coupe du monde de football au Qatar. En août, le ministre égyptien du Commerce, Ahmed Samir Saleh, s'est rendu à Ankara et s’est entendu avec son homologue turc de viser une augmentation du commerce bilatéral de 10 à 15 milliards de dollars (1 dollar = 0,93 euro) au cours des cinq prochaines années.
De nouveau, en juillet de cette année, les présidents turc et grec se sont rencontrés en marge du sommet de l’Otan à Vilnius, en Lituanie, peu après leurs victoires électorales respectives. À la suite des affrontements navals en Méditerranée orientale à partir de 2020, voire des menaces de guerre, ces relations ont connu une chute libre en mai de l’année dernière, lorsque la Grèce a fait pression sur le Congrès américain pour bloquer les livraisons d’armes à la Turquie. À Vilnius, cependant, les deux dirigeants ont salué le «climat positif» dans leurs relations, les gestes de bonne volonté ayant été générés par l’intervention immédiate de la Grèce lors du tremblement de terre en Turquie.
Pour compléter ce scénario positif, Chypre a manifesté son intérêt pour la réouverture du dialogue avec Ankara, par l’intermédiaire de l’ONU et de l’UE, sur l’enjeu de longue date de la division de cet État insulaire de la Méditerranée orientale. En 1974, Chypre a été divisée en République de Chypre internationalement reconnue et République turque de Chypre du Nord, reconnue uniquement par la Turquie, et où sont stationnés 30 000 soldats turcs.
Ces développements pourraient augurer de bonnes nouvelles concernant l’exploitation du potentiel gazier de la Méditerranée orientale.
Le gaz a été découvert pour la première fois dans les champs offshore israéliens de Tamar et Leviathan en Israël respectivement en 2009 et 2010, transformant ainsi un pays à faible ressource énergétique en un exportateur potentiel. Le champ d'Aphrodite à Chypre a été découvert en 2011, suivi du champ de Zohr en Égypte en 2015. Les réserves communes avérées de gaz récupérable dans le bassin du Levant, comprenant Israël, Chypre, l'Égypte, le Liban et la Syrie, s'élèvent à 3,5 billions de mètres cubes, l’Égypte disposant d’un potentiel gazier supplémentaire de 6,2 trillions de mètres cubes.

