L’unité au Maghreb semble plus éloignée que jamais

L’unité au Maghreb semble plus éloignée que jamais
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L’unité au Maghreb semble plus éloignée que jamais

L’unité au Maghreb semble plus éloignée que jamais
  • Une amélioration des relations entre l’Algérie et le Maroc est peut-être la clé pour favoriser l’intégration réussie du Maghreb dans une nouvelle ère de coopération intrarégionale
  • Les aspirations initiales de l’organisation ont presque disparu, affaiblies par la méfiance et les tensions politiques incessantes

Au cours des troubles des années 1980, une vision de l’Union du Maghreb arabe (UMA) émerge, selon laquelle les cinq principaux États de la région – l’Algérie, la Libye, la Mauritanie, le Maroc et la Tunisie – formeraient une union caractérisée par la fraternité, l’égalité et la paix.

Aujourd’hui, cependant, la situation dans la sous-région contraste fortement avec les idéaux panafricains transitoires d’autrefois. Deux de ses pays les plus peuplés, l’Algérie et le Maroc, se sont effectivement déconnectés l’un de l'autre, provoquant des ravages dans toute la région. Leur rivalité est profonde, influencée par une méfiance profondément ancrée et une compétition géopolitique tendue pour l’hégémonie dans le nord-ouest de l’Afrique et au-delà.

Une amélioration des relations entre l’Algérie et le Maroc est peut-être la clé pour favoriser l’intégration réussie du Maghreb dans une nouvelle ère de coopération intrarégionale, mais aussi pour raviver l’esprit de l’UMA. Malheureusement, la question toujours non résolue du Sahara occidental, désormais mise à l’honneur en raison des répercussions d’accords de normalisation ailleurs, nourrit une dynamique bien trop connue.

Relations commerciales catastrophiques

Les deux pays sont plus déterminés à adopter des approches préjudiciables dans un jeu à somme nulle, au moyen duquel le sort d’un pays élargit les divisions et réduit les futures possibilités de rapprochement.

Au-delà des relations commerciales catastrophiques et de l’échange de propos malveillants, les défis qui touchent la région du Maghreb sont évidents et profondément enracinés. Le dernier sommet intergouvernemental de l’UMA a eu lieu en 1994, énième indicateur des graves dysfonctionnements qui frappent la région.

Ce niveau de détérioration nécessite une intervention immédiate et non des discussions stériles sur la capacité du Maghreb à la «régionalisation» sans recourir à l’intégration, qui ne font qu’esquiver la question ou mettent en lumière une incompréhension remarquable des économies politiques du Maghreb.

Aspirations non satisfaites

L’inaction a engendré de nouveaux risques et ravivé d’anciennes menaces, plongeant la sous-région davantage dans le désarroi et l’instabilité. Le rêve d’unité, d’égalité et de prospérité qui était à l’origine de la formation de l’UMA s’évanouit à toute vitesse.

L’UMA, avec toutes ses aspirations non satisfaites, se retrouve dans un bourbier économique qui freine également l’intégration, la libéralisation des échanges et le renforcement de la coopération dont les pays ont tant besoin. Au banc des accusés, on compte des politiques excessivement strictes en matière de commerce et d’investissement, des tarifs punitifs, des barrières non tarifaires et l’infrastructure médiocre qui relie les pays de l’UMA.

Les coûts des formalités d’exportation et d’importation aux frontières, qui sont parmi les plus élevés au monde, en sont d’autres contributeurs importants. En outre, les infrastructures commerciales intrarégionales font cruellement défaut. Prenons, par exemple, le manque de transports commerciaux entre les ports des pays de l’UMA, malgré leur situation côtière.

Manque accablant d’intégration régionale

Par ailleurs, les États membres de l’UMA se tournent constamment vers l’Europe. Ils façonnent les politiques commerciales de manière à refléter les idéaux et les marchés européens. Ils sont la preuve vivante de cette triste réalité où les coûts commerciaux relatifs remplacent les coûts absolus.

En d’autres termes, les experts commerciaux affirment que la proximité des centres commerciaux en plein essor, comme le marché intérieur de l’Union européenne (UE), a tendance à décourager le commerce intrarégional plutôt qu’à le promouvoir. Par conséquent, l’UMA rate des occasions en or de devenir un médiateur de commerce et d’investissement entre l’Europe et l’Afrique en développement. Cette erreur directe a une incidence sur le problème à plus grande échelle qui se pose: un manque accablant d’intégration régionale qui met en échec la place du Maghreb dans la chaîne de valeur mondiale.

L’étrange histoire des doubles accords commerciaux est un autre facteur aggravant. La majorité des pays de l’UMA sont empêtrés dans un réseau d’accords économiques bilatéraux et régionaux, tous complétés par leur adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce mélange alambiqué d’accords qui se chevauchent est familièrement appelé le phénomène du «bol de spaghettis», qui apporte son propre lot de problèmes. Chaque pays applique des conditions différentes en matière d’échanges, de tarifs, de mesures non tarifaires et de prétendues «règles d’origine».

Jongler avec ces accords divers et souvent contradictoires peut être très pénible, en particulier pour les pays dont les capacités institutionnelles ou de conformité sont limitées. Le comble est qu’au lieu d’accélérer les échanges, ils les ralentissent, augmentent les coûts et provoquent des détournements d’échanges entre les pays de l’UMA. Plutôt que d’assouplir les rouages, ces accords qui se chevauchent paralysent tout et révèlent que le chemin de l’intégration est semé d’embûches économiques.