Le Mali, dont l'ancien nom est « le Soudan occidental », a connu le 18 août un énième coup d'État militaire, phase ultime d'une crise politique profonde qui a ébranlé les institutions de l'État et paralysé la vie publique durant de longs mois sans aucune lueur de dénouement heureux.
Bien que ce coup d'État ait pris l'allure habituelle d'un changement par la force, dépourvu de toute légitimité constitutionnelle ou juridique, ce qui lui a valu sans surprise la condamnation sans appel de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et de la communauté internationale, il a été néanmoins vécu par une grande frange de la population malienne comme une opportunité bienvenue.
C’est sous cet angle que la comparaison avec la « révolution armée » d’avril 2019 au Soudan paraît justifiée.
Dans son ouvrage Soudan, chemin de la paix, témoignage émouvant et riche d’enseignements publié cette année, l’éminent diplomate et universitaire mauritanien Mohamed El Hacen Lebatt évoque l’expérience d’une médiation réussie dans un contexte difficile, celui du Soudan d’après la chute d’Omar el-Béchir, qui a présidé à la destinée de ce grand pays arabo-africain durant trois décennies.
Les points saillants de la crise soudanaise, minutieusement analysés et disséqués par l'auteur, mettent en évidence les innombrables similitudes avec le cas malien : la lente genèse du soulèvement civique, l'impact d’une guerre civile qui s'est éternisée, l'action des mouvements armés et des courants politiques séparatistes, les tensions ethniques et communautaires permanentes....
Dans les deux cas, et nonobstant les différences objectives entre les situations décrites, l'alternative militaire s’inscrit dans une dynamique de changement sollicité et revendiqué par une large partie de la société, qui s'est révoltée contre un pouvoir honni et décrié.
Le dilemme qui se pose actuellement à la communauté internationale concernant le Mali est le même que celui qui lui a été exposé autrefois dans le contexte soudanais. Il lui faut en effet satisfaire une double exigence : d’une part, accompagner et soutenir les aspirations d'émancipation et de liberté des peuples et, d’autre part, défendre les institutions de légitimité démocratique.
Bien qu'elle remonte au début des années 1990 et qu’elle ait permis auparavant des cas notoires d'alternance pacifique, l'expérience démocratique malienne a fini par perdre de la vigueur, devenant moribonde et inopérante dès le début du deuxième mandat du président déchu Ibrahim Boubacar Keïta.

