Il serait légitime de ressentir un fort sentiment de déjà vu, puisqu’une fois de plus, nous sommes obligés de remettre en question la raison d’être de la dernière série d’hostilités entre Israéliens et Palestiniens à Gaza avec, cette fois, le Jihad islamique comme adversaire spécifique d’Israël.
Comme on pouvait s’y attendre, les deux parties ont déclaré la victoire, mais aucune des deux n’a de preuves solides pour étayer cette affirmation. Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou annonce, avec ses propos pompeux habituels, qu’Israël «réécrit l’équation» dans ses relations avec Gaza, déclarant à son gouvernement que les Forces de défense israéliennes et l’agence de sécurité du Shin Bet «avaient éliminé tous les dirigeants du Jihad islamique palestinien» et, ce faisant, rempli pleinement les objectifs de la mission.
Le Jihad islamique, pour sa part, a incité ses partisans à remplir les rues de Gaza après la déclaration d’un cessez-le-feu, agitant des drapeaux palestiniens et faisant le signe de la victoire à partir de véhicules à grande vitesse.
Le terme de victoire à la Pyrrhus – une victoire en théorie seulement, obtenue au prix de lourdes pertes – a été inventé pour décrire ce genre de situation.
Israël n’a pas été vainqueur lors de ce cycle d’hostilités. L’État hébreu n’a par ailleurs remporté aucun de ses précédents affrontements à Gaza. S’il avait gagné l’une de ces «opérations» militaires, qui ont toutes coûté la vie à de nombreux Palestiniens (pour la plupart des non-combattants) et infligé de terribles ravages, il n’aurait pas ressenti la nécessité de lancer une nouvelle série de raids aériens et de bombardements, comme la semaine dernière.
Israël a pris pour cible un nombre remarquable de dirigeants et d’agents du Jihad islamique et du Hamas depuis son arrivée au pouvoir à Gaza en 2007, mais cela n’a pas empêché les deux organisations de reconstituer leurs capacités militaires.
La mort des principaux militants du Jihad islamique est certes un coup dur pour l’organisation, mais elle ne change pas la nature des relations entre Israël et la bande de Gaza, qui fonctionne à toutes fins utiles comme une entité politique indépendante de facto, avec laquelle Israël ne veut pas s’engager politiquement et qu’il est impossible de vaincre sur le plan militaire.
Ces deux données dictent l’approche punitive d’Israël envers Gaza et son peuple, avec une absence correspondante de toute stratégie viable à long terme.
Au bout de cinq autres jours d’effusion de sang, ce n’est qu’une question de temps avant que le Jihad islamique ne remplace les personnes tuées. Pendant ce temps, ce sont principalement les Gazaouis ordinaires, comme d’habitude, qui payent les pots cassés.
Les chiffres disponibles brossent un tableau sombre: trente-cinq Palestiniens tués, parmi lesquels il y a au moins treize civils, dont six enfants, et 147 Palestiniens blessés – sachant que de nombreux le sont grièvement, dont 48 enfants.
Ce sont des chiffres horribles qui ne font que perpétuer le conflit. Ils ne «changent pas l’équation» (quoi que ça veuille dire) comme le prétend Netanyahou, mais renforcent simplement un modèle existant de relations entre les deux antagonistes. Détruire ou endommager des centaines de maisons, laissant des familles déplacées et sans abri, ne garantit pas la paix et le calme à Israël le long de sa frontière avec Gaza.
Les affirmations basées sur l’audace des dirigeants israéliens qui auraient vaincu l’ennemi ne sont rien de plus qu’un moyen de laisser traîner les choses, puisqu’aucun gouvernement israélien n’a jusqu’à présent eu le courage d’admettre à lui-même, et encore moins au public israélien, qu’il n’y a pas de solution militaire – souhaitable en tout cas – à Gaza, mais seulement une solution politico-diplomatique.
La futilité de ce qu’Israël appelle une «opération» ressemble plus à une guerre pour ceux qui vivent à Gaza. En plus de la destruction physique, cette guerre laisse également d’énormes séquelles psychologiques, en particulier chez les jeunes.
Cela a pris forme assez rapidement lorsque, en quelques jours, Israël a manqué de «banque de cibles» et, à ce moment-là, avait désespérément besoin de parvenir à un accord de cessez-le-feu. Après tout, plus les militants – dans ce cas le Jihad islamique – sont capables de tirer des roquettes, plus Israël est perçu comme étant à la traîne dans ses efforts de dissuasion malgré des capacités militaires largement supérieures.

