Pourquoi un échec de l'ONU signerait la fin de l'ordre mondial

Pourquoi un échec de l'ONU signerait la fin de l'ordre mondial
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Pourquoi un échec de l'ONU signerait la fin de l'ordre mondial

Pourquoi un échec de l'ONU signerait la fin de l'ordre mondial
  • La préférence de l’ONU pour le nettoyage plutôt que pour l’anticipation alimente non seulement les inquiétudes quant à son impuissance politique mais compromet également toute intervention qu’elle dirige visant à instaurer une paix à long terme
  • Le monde doit faire pression pour que l’ONU soit réformée en profondeur, notamment en ce qui concerne la composition du Conseil de sécurité, afin de mieux refléter la géopolitique contemporaine

L’Organisation des Nations unies (ONU) fait l’objet de plus en plus de critiques depuis quelques années, mais elle reste la principale représentation d’un ordre mondial multilatéral, toujours bien placée pour surmonter les difficultés liées à la recherche d’un équilibre entre l’égalité souveraine et la politique des grandes puissances afin de préserver et de promouvoir une paix mondiale relative.

Cependant, notre monde est confronté à une confluence sans précédent de crises qui bouleversent peu à peu les conventions acceptées en matière de coopération multilatérale et mettent à l’épreuve ses limites de manière répétée. L’ONU n’a pas la capacité de superviser ses mandats clairement définis, principalement en raison de ses propres États membres qui privilégient de plus en plus les intérêts souverains, souvent militarisés, par rapport à la préservation ou la promotion des «biens communs» régionaux ou mondiaux.

En résumé, le monde se rapproche rapidement d’un tournant. Si l’ONU reste limitée par les pouvoirs de veto de son Conseil de sécurité, alors que les réductions de financement continuent à éroder la capacité d’action de l’organisation, il est peu probable que sa légitimité survive, ce qui signerait l’arrêt de mort de la coopération mondiale au pire moment possible.

Au-delà des échecs flagrants dans la lutte contre la pandémie, de la lenteur de la mobilisation pour contrer les retombées socio-économiques de l’épidémie dans le monde en développement et de l’inefficacité de la lutte contre le changement climatique, l’ONU reste également notoirement mauvaise dans ses interventions dans les conflits. Sa préférence pour le nettoyage plutôt que pour l’anticipation alimente non seulement les inquiétudes quant à son impuissance politique mais compromet également toute intervention qu’elle dirige visant à instaurer une paix à long terme.

Pour l’instant, une crise climatique qui menace de faire couler les régions les plus pauvres du monde se profile à l’horizon, parallèlement à la menace permanente de vagues et de mutations de la Covid-19, d’économies paralysées et d’une marée montante de troubles socio-économiques. Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en particulier, sont confrontés à des turbulences croissantes alors que la démocratie, longtemps considérée comme la panacée pour la plupart des problèmes du monde arabe, perd du terrain, laissant des sociétés paralysées par des bouleversements politiques ou exposées à des escarmouches extraterritoriales déclenchées par des intérêts lointains qui se disputent l’hégémonie régionale.

Par ailleurs, les puissances chargées de maintenir une paix relative dans le monde se chamaillent et s’insultent, un symptôme du traumatisme non encore résolu, causé par le flirt de la précédente administration de la Maison Blanche avec un ordre international fragmenté.

Dans l’optique protectionniste de l’administration Trump, les intérêts nationaux américains étaient mieux servis à travers une série d’accords bilatéraux déséquilibrés qui profitaient des largesses et de la richesse militaires américaines. Le fait de travailler dans des cadres multilatéraux peu nombreux, où l’équilibre entre les intérêts divers était fondamental pour leur maintien, a constitué une contrainte majeure, notamment lorsque Washington est devenu le garant de facto de la croissance, du développement et de la sécurité des autres, alors que ses priorités nationales en pâtissaient.